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Tribune libère la parole de ceux qui le souhaitent


L'Education nationale ne cesse de se réformer, jamais satisfaite de ses changements, et chaque nouveau ministre détricote ou change ce que le précédent a réalisé. 

 

Cette instabilité institutionnelle finit par exaspérer plus d'un professeur, soucieux de bien faire, mais écoeuré de devoir sans cesse concevoir de nouveaux programmes qui changent trop souvent, avec des exigences démesurées d'inspecteurs contre lequel il lui est impossible d'avoir gain de cause, puisque ce sont des cadres investis de la toute puissance de leur hiérarchie intransigeante et implacable.

 

Le professeur n'est pas un cadre comme les autres. Il a l'apparence d'un cadre Bac +5 au minimum, certains ayant poussé jusqu'au Doctorat, et le système français le traite comme un sous-cadre, l'infantilise régulièrement, ne lui demande jamais son avis pour les changements majeurs qui le concerneront, malgré les compétences académiques qui ont été exigées de lui.

 

A partir de 2010 un Master 2 exigé a allongé de 2 ans l'effort de se présenter aux concours, et l'année de M1 ou de M2 pour les tenter, selon les revirements des ministres qui se sont succédé, est une "année burn-out" puisqu'il faut aux étudiants ingurgiter un programme démentiel, réaliser des stages devant élèves, rédiger un mémoire universitaire aux exigences académiques complètement décalées avec ce que sera leur métier de professeur. Plus de 20% sera en burn-out ou en dépression nerveuse au lieu de devenir des professeurs immédiatement.

 

Alors toute cette maltraitance organisée sous le prétexte d'élever le niveau des professeurs de France, sans que le salaire ait été augmenté des 30% de pouvoir d'achat perdus depuis 30 ans inexorablement, a contribué depuis une dizaine d'années à l'accroissement des départs des professeurs qui ne reconnaissent plus "le plus beau métier du monde" qui leur a été présenté sur papier glacé et par de très belles vidéos d'enseignants passionnés (et triés sur le volet par leur inspecteur qui a surveillé de près leur prestation vidéo).

 

Tous ont trouvé en eux la force de quitter une école, un collège, un lycée où ils avaient fait "le tour du métier", et où ils ne trouvaient plus de plaisir au travail avec parfois des difficultés plus ou moins nombreuses liées au public accueilli (élèves agités, parfois agressifs, parents exigeants, d'autres violets verbalement et physiquement, etc), tandis que leurs appels à l'aide vers les inspecteur ou leur chef d'établissement, trop débordés de missions en tous genres restaient lettre morte. Et trop peu de psychologues de l'Education nationale à l'horizon pour se confier, pas d'inspecteur empathique pour les accompagner, pas de conseiller pour les aider à sortir la tête de l'eau, juste des collègues pas toujours disponibles, chacun dans ses problèmes, sans pouvoir aider celui qui n'en peut plus à retrouver confiance dans son métier.

 

Lorsque le professeur veut quitter le métier, il aimerait exprimer sa colère, mais l'article 1 du Code de l'Education exige qu'il se taise, ce fameux "droit de réserve", et c'est une immense frustration pour lui de ne trouver aucun interlocuteur en dehors des syndicats pour exprimer clairement ce qui ne va pas, et comment ça pourrait aller mieux pour l'aider à retrouver confiance.

 

Certes, l'institution dira "nous avons créé la GRH de proximité" depuis la rentrée 2019, mais aucun professeur n'ose s'y exprimer franchement, car cette GRH de proximité est en lien avec les chefs d'établissement et les inspecteurs, et tout professeur qui se plaindrait de ses supérieurs hiérarchiques n'aura pas gain de cause, cela lui sera reproché, et il sera encore plus mal dans sa peau qu'avant de se plaindre.

 

Alors que ceux que nous aidons à partir, à démissionner, à obtenir une indemnité de rupture conventionnelle, nous ont dit parfois tout bas tout ce qu'ils auraient aimé dire si la possibilité leur en avait été donnée, à cette institution qu'ils ont trouvé maltraitante et imperméable à toute critique, incapable de les entendre.

 

AIDE AUX PROFS a donc décidé de leur consacrer cette rubrique TRIBUNE pour permettre à ceux qui le souhaitent d'exprimer :

 

- les raisons pour lesquelles ils ont décidé de partir définitivement d'un métier qu'ils ont aimé, aiment toujours en le quittant à reculons parfois, mais où ils ne pouvaient plus rester sans affecter leur santé psychologique ou physique,

 

- leurs suggestions de changement et d'amélioration du système, après en avoir été l'un des rouages, même à un haut niveau.

 

Tous ont des idées intéressantes et une analyse passionnante à te dire, et pour toi, à lire.

 

Cette rubrique a vocation à recueillir des témoignages sérieux, bien argumentés, de qualité, relus et rectifiés orthographiquement par nos bénévoles, pour une meilleure information de tous ceux qui veulent devenir professeurs, et de tous les acteurs de l'Education et notamment les agents administratifs de toutes catégories (A, B, C), les chefs d'établissement et les inspecteurs qui doivent comprendre que pour redonner de l'attractivité au métier d'enseignant, les réponses se situent dans leurs comportements respectifs face aux souffrances multiples des professeurs, et que la perte d'attractivité du métier de professeur en France se poursuivra s'ils ne prennent pas la décision, chacun, d'être plus à l'écoute et accompagnateurs positifs des difficultés exprimées par ces professeurs dont a tant besoin le système éducatif pour fonctionner.

 

Chaque mois au moins, un nouveau témoignage d'une personne qui n'est plus lié par l'article 1 du "droit de réserve", auquel nous permettons de dire tout ce qu'il ou elle a sur le coeur, pour lui permettre de libérer sa colère, vider son sac, démêler les noeuds qui lui ont tant serré la gorge, donné mal à la tête, fait vomir avant d'entrer en classe et de décider de la quitter définitivement.

 

TRIBUNE APRES PROF est une nouvelle rubrique du blog du site DEVENIR PROF.

 

Nous y libérons la parole de, ceux qui étaient autrefois tenus par un "devoir de réserve" que n'avait pas prévu Anicet LE PORS dans sa loi de 1983 sur le statut des fonctionnaires. 

 

Ce "devoir de réserve", fruit d'une politique progressive destinée à surveiller et contrôler les professeurs, n'a cessé de s'installer depuis 7 ans avec d'abord une loi sur la déontologie des fonctionnaires en 2016 puis le Code Général des Fonctionnaires du 1er mars 2022 issu de la loi DUSSOPT, qui a unifié près d'un siècle de lois et de décrets pour renforcer l'attirail juridique permettant de réduire au silence ces bataillons de hussards très diplômés qui auraient l'outrecuidance de dire ce qu'ils pensent des mauvais traitements qu'on leur fait subir, une fois qu'ils ont été privés de leur liberté d'expression en échange d'une titularisation pour gagner une sécurité de l'emploi synonyme de nécessités de services pour les empêcher de repartir de sitôt.

 

Avec AIDE AUX PROFS, les anciens professeurs et autres cadres (direction, inspection, administration) peuvent enfin dire à toute la francophonie ce qu'ils pensent du système qu'ils ont subi, en citoyens libres et épanouis, en lui suggérant parfois les améliorations qui leur paraissent indispensables.

 

Pour aller plus loin:

LES SOUFFRANCES AU TRAVAIL DES PROFESSEURS

 

PEPIN d'AIRACHE le podcast des professeurs qui souffrent en silence

 

 


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