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La course des recteurs aux meilleurs résultats académiques au Brevet des Collèges et au Bac, c'est fini !


Gabriel ATTAL a brisé l'omerta quand il est devenu Ministre de l'Education national, par une lettre adressée aux enseignants le 05.12.2023 : « Ce sont désormais les notes que vous attribuez, et elles seules, qui détermineront l’obtention (des examens) par nos élèves. » Un engagement de suppression « dès la session 2024 du brevet et du baccalauréat ». Et finalement c'est Edouard GEFFRAY qui décide en 2026 de tenir l'engagement... est-ce la fin du bidouillage des notes dans le dos des profs ?

 

Le 02.04.2026 un article du Café Pédagogique rappelait qu'en 1985 Jean-Pierre CHEVENEMENT, qui trouvait qu'un taux de 67% de réussite au Bac était insuffisant, avait annoncé l'objectif d'atteindre 80%. La même logique fut appliquée au DNB/Brevet des Collèges.

 

Pour y parvenir, la génération des professeurs qui part actuellement en retraite a été invitée toute sa carrière, après avoir obtenu des concours pourtant très sélectifs, réduire ses exigences de niveau pour que les notes au Brevet des Collèges et au Bac soient les meilleures possibles, permettant aux académies, dans une concurrence effrénée, d'afficher les meilleurs pourcentages de réussite.

 

Celles et ceux des Certifiés, des PLP et des Agrégés qui partent en retraite ont dû subir "les correctifs académiques" pendant 40 à 42 ans et les multiples injonctions de faire preuve de souplesse, de mansuétude. 

 

Tout le système a suivi, les IA-IPR se chargeant de sermonner les professeurs contestataires de ce laxisme ambiant, allant même jusqu'à leur promettre des représailles sur leur avancement s'ils ne s'exécutaient pas avec plus de loyauté. "Un fonctionnaire fonctionne", ont-ils répété et martelé aux professeurs rétifs.

 

Les professeurs Certifiés et Agrégés qui ont enseigné en collège et dont les disciplines étaient évaluées au DNB/Brevet des Collèges ont tous vécus ce type de consignes :

 

1) "Nous allons harmoniser ensemble les données d'évaluation des élèves. Prenez les feuilles des barèmes de correction qui vous ont été remises pour les sujets qui ont été soumis aux élèves. Nous allons voir ensemble ce que nous pouvons assouplir."

 

Et les professeurs d'Histoire-Géographie de découvrir qu'on pouvait attribuer 0,5 point au lieu de 1 point à l'élève qui aurait écrit "De Goal" au lieu de "De Gaulle", qu'il était acceptable d'accepter que seules les dates, sans les mois, soient placées sur la chronologie du repérage, que ce n'était pas si grave que cela si Le Havre et Rouen avaient été inversés de place sur la carte, qu'il fallait surnoter les élèves qui avaient réussi à faire des phrases complètes, et une début d'argumentation avec un peu de structuration (introduction, petit plan, conclusion), qu'on pouvait accepter au moins 10 fautes d'orthographe et de grammaire par copie sans retirer de point, qu'il fallait éviter de sanctionner trop durement l'élève dont la copie était bourrée de fautes, etc.

 

2) Le professeur désigné par l'IA-IPR pour "harmoniser" et faciliter la concertation sur l'évaluation des copies passait de temps en temps dans le dos de tel ou tel correcteur pour s'assurer que tout se passait bien...

 

3) Le chef d'établissement rappelait à tous les correcteurs que chacun était invité, pour bien évaluer en fin de copie s'il ne manquait pas ici et là quelques points, à inscrire sur la copie sa notation au crayon de papier, ainsi que la note finale, pour "faciliter la saisie des notes", leur disait-il/elle...

 

4)De temps en temps les professeurs commentaient, dérangeant les autres, les erreurs les plus comiques des copies qu'ils relisaient, puisque tous les professeurs avaient reçu pour consigne de corriger dans la même salle, avec interdiction de repartir chez eux avec les copies, pour éviter toute perte d'un paquet qui aurait mis le chef d'établissement dans un profond embarras.

 

5) Lorsque le professeur qui avait corrigé toutes ses copies décidait de le remettre au secrétariat de direction, celui/celle qui avait corrigé ses copies un peu trop rapidement était regardé(e) d'un oeil suspicieux, la Direction craignant que la correction ait été bâclée, avec la trouille de voir les résultats des élèves du collège baisser par rapport aux autres collèges, avec l'épée de Damoclès de subir les remontrances du Recteur quant aux résultats obtenus par le collège.

 

Quand le principal de collège découvrait qu'un professeur n'avait pas tenu compte de la notation au crayon de papier, découvrant que les notes étaient bien inscrites au stylo rouge bien appuyé, impossible à effacer même avec "super corrector", il/elle affichait alors une mine déconfite, fusillant du regard le professeur correcteur, lui faisant remarquer "que cela avait pourtant été signalé en réunion d'harmonisation" (d'utiliser seulement son crayon de papier).

 

6) Ceux dont les notes étaient inscrites au crayon de papier et qui avaient attribué de mauvaises notes à des élèves qui n'avaient pas le niveau découvraient avec stupéfaction leur réussite au Brevet des collèges niveau passable, parfois avec mention, se demandant "mais comment est-ce possible ?"

 

La vérité est que de 1985 à 2024 l'expertise disciplinaire des professeurs de collèges corrigeant les copies de Brevet des Collèges, et des professeurs de lycées corrigeant des copies de Baccalauréat, a été bafouée, discréditée, par toute une organisation, tout un système, dont l'objectif était de montrer les brillants progrès de tous les élèves, valorisant comme jamais telle ou telle académie, ce qui forcément augmentait les primes des Recteurs les plus zélés à démontrer l'efficacité de leurs directives, ou de la capacité de leurs chefs de division à réussir à limiter les dégâts (car les correctifs ont été parfois réalisés à leur niveau, après que les chefs d'établissement y aient mis en amont leur grain de sel chaque fois qu'ils le pouvaient).

 

Voilà, pendant 40 ans la France a menti aux pays de l'Union européenne sur le niveau réel de ses élèves de 3e et de Terminale, et a feint de s'étonner de l'augmentation des taux d'échecs en 1re année d'Université de tous ceux qui n'auraient jamais dû obtenir leur Baccalauréat. Et cela tout en voyant dégringoler le niveau des élèves français aux résultats PISA, alors que le taux de réussite au Brevet des Collèges s'approchait des 90%. C'était à se demander si ce n'étaient pas les experts de PISA qui s'étaient trompés sur leurs évaluations du niveau des élèves français ?

 

Mais l'idée, c'était surtout de prolonger les études du plus grand nombre d'élèves, pour réduire autant que faire se peut le taux de chômage, faute d'avoir trouvé comment transformer le plomb en or pour créer des emplois massivement, puisque la mondialisation délocalisait les emplois vers la Chine et tous les autres pays d'Asie du Sud-Est qui n'avaient pas comme en France de salaire minimum garanti (SMIC) ni de conventions collectives pour protéger leurs travailleurs traités comme des esclaves.

 

Alors en décembre 2023, Gabriel ATTAL a sonné "la fin de la récré" en indiquant une direction opposée: respecter l'expertise des professeurs, cesser de rectifier leurs évaluations dans leur dos. Toute une génération de professeurs, bien formés, sélectionnés sur des concours exigeants sans recours jusqu'au dernier de la liste complémentaire, a subi cette forme d'humiliation professionnelle : assouplir sa notation, viser le meilleur taux de réussite au Brevet des Collèges, et au Bac.

 

Et le résultat, 42 ans plus tard ?

 

Faire machine arrière. C'est là que ça va être dur. Mais Edouard GEFFRAY a prévenu

 

08.01.2024: La fin des "correctifs académiques" au Brevet et au Bac

 

02.04.2024: Le taux de réussite au Brevet et au Bac va baisser (déjà annoncé il y a 2 ans).

 

02.04.2026: Le mode de calcul au contrôle continu et aux épreuves finales va être revu en profondeur. l'objectif est de montrer que le Bac et le Brevet des Collèges ne sont pas si faciles à obtenir que cela. Le Ministre se dit prêt à assumer une chute de 10 points, un taux de réussite de 75%. Et si les professeurs le prennent au mot, notent comme leur formation les y a préparés, et que le taux chute jusqu'à 50% de reçus, il se passe quoi ? On réforme tous les programmes de collèges ? On change la formation initiale des professeurs ? 

 

Est-ce que les Recteurs vont "s'arranger" pour que le taux de réussite tourne autour des 75%, ou est-ce que les professeurs vont vraiment pouvoir noter comme le barème et leur expertise les y conduisent ? Pas de pression des chefs d'établissement ? Sûr ? Pas de rectification des notes dans leur dos par l'administration ? Non... vraiment ? Après 40 ans de pratique d'un tel système, à moins d'un an de la campagne présidentielle qui verra un nouveau ministre parvenir aux rênes du Mammouth, on n'y croit tout simplement pas. 2027, ce sera une autre Président, peut-être la chute des adeptes du macronisme, qui rejoindront leurs familles d'origine, à Gauche et à Droite.

 

"On ne peut plus accorder la moyenne à une copie présentant une orthographe et une syntaxe déplorable" nous dit Edouard GEFFRAY. Car jusqu'ici c'était le cas, un élève nul en orthographe pouvait obtenir son Brevet, voire son Bac, même s'il n'était ni dysorthographique ni dyslexique.

 

02.04.2026: Edouard Geffray Ministre de l'Education nationale annonce la création d'un concours général des collèges en 2027 pour créer une émulation dans les collèges.

 

07.04.2026: Edouard Geffray veut redonner au Brevet des Collèges sa fonction première: évaluer réellement les acquis des élèves. Il veut "dire la vérité aux élèves sur leur niveau". Les critères de correction seront durcis (mais comment ? Ils ont été tellement assouplis d'une réforme à l'autre depuis 40 ans. Jusqu'où rehausser leniveau des épreuves du Brevet des Collèges ?)

 

Chaque établissement y inscrira jusqu'à 10% de ses élèves, dont on suppose que ce seront les meilleurs, et ce concours général permettra de connaître l'élite des élèves, laissant penser aux 90% des élèves d'un même collège qu'ils sont vraiment tous nuls.


Le "vrai niveau" des élèves en fin de 3e et en Terminale, c'est quoi ? Le Brevet des Collèges et le Bac ont été tellement remaniés, réajustés, pour que les pourcentages de réussite soient les meilleurs possibles, qu'on est en droit de se demander quel sera le prochain "niveau" défini par les inspecteurs chargés de superviser la prochaine mouture, sous la supervision des Recteurs qui ne voudront pas assumer des taux de réussite inférieurs aux 75% définis par le Ministre. 

 

Allez, cap sur les 75% de réussite au Brevet des Collèges et au Baccalauréat.


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