L’ouvrage d’André-Marc CADOR publié aux éditions de l’Onde démontre le courage de son auteur. Il a le mérite d’avoir résisté aux attaques sournoises et continues d’un pervers narcissique qui ne supportait pas qu’un agent de catégorie B installé avant lui puisse avoir des compétences respectées et une connaissance de l’environnement du service reconnues par ses collègues.
Autant les supérieurs hiérarchiques précédents avaient encouragé André-Marc à se former, à monter en compétences, pour acquérir au fil de l’expérience
beaucoup d’entregent dans son cadre professionnel, rendant de nombreux services à une hiérarchie bienveillante, autant le nouvel arrivant s’est senti immédiatement menacé, sans
doute parce qu’il s’est senti frustré dans ses compétences face à un agent qu’il devait diriger. Et au lieu de continuer comme ses prédécesseurs de l’apprécier à sa juste valeur, celle de
l’expérience, il lui a retiré progressivement ses missions les plus intéressantes, tout en divisant autour de lui les personnels avec lesquels il avait établi de très bonnes
relations.
C’est à une descente aux enfers que l’on assiste, dans le mutisme de la hiérarchie proche et lointaine. Une hiérarchie d’une Education nationale réputée
pour être lâche et hypocrite, préférant se protéger en meute que d’avoir à accepter la stricte vérité de son fonctionnement hiérarchique : en faisant prévaloir « l’autorité du chef », en
l’excusant de toutes ses actions, ses gestes, ses paroles, ses manigances, ses manipulations mentales, l’Institution, la « Grande Maison » chère à l’ancien Ministre Jean-Michel BLANQUER,
est une mise en couveuse de managers toxiques qui détruisent, habituellement en silence, des agents très motivés et consciencieux. L’individu n’a d’ordinaire pas d’autre issue que le
congé de longue maladie ou la tentative de suicide pour tenter de s’en sortir, ou la démission, tellement le système, qui s’auto-protège par esprit de caste, refuse de regarder la réalité
en face.
André-Marc CADOR, lui, a décidé de se battre, de tenir bon : il décortique le processus pour que son lecteur comprenne ce qu’est cette mécanique
destructrice du harcèlement, pour qu‘on sente bien la différence avec la relation d’autorité d’un management normal. Il nous montre ce que peu d’ouvrages ont montré jusqu’ici : comment,
petit à petit, le harcèlement moral finit par démotiver un salarié, et, ici, un agent de l’éducation nationale.
Le Monde publiait le 7 mai 2026 le cri d’alerte de l’avocate Christelle MAZZA sur la souffrance au travail dans le service public.
Ce qu’elle décrit, l’association HELPEN (association née fin
juillet 2024 pour agir en prévention et en remédiation collective sur les cas individuels de harcèlement moral constatés dans l’Education nationale, pour toute catégorie d’agents) le
documente chaque jour dans l’Education nationale : silence institutionnel, isolement, procédures sans humanité, destruction psychique d’agents pourtant engagés au service de
l’État.
HELPEN le dit avec gravité : il ne s’agit plus de situations isolées. L’association HELPEN Education nationale estime qu’environ 400 agents de l’Éducation nationale
se suicident chaque année.
Combien de drames faudra-t-il encore pour regarder la réalité en face ?
C’est précisément pour cela que cette association mobilise actuellement des députés de l'Assemblée nationale pour demander une commission d’enquête parlementaire sur le harcèlement moral et l’inaction institutionnelle dans l’Éducation nationale, malheureusement, sans le soutien d'aucun syndicat à ce jour.
L’omerta est la priorité de tous les hauts fonctionnaires de l’Education nationale qui ne veulent « pas de vagues ». A celui qui souffre d’un supérieur
maltraitant sera répondu « qu’il/elle doit obéir et se rappeler qu’il doit fonctionner, puisque fonctionnaire ». A celui/celle qui se plaint, la hiérarchie dira « qu’il/elle manque de loyauté
». C’est tellement facile de reporter toujours la faute sur le subordonné pour excuser le supérieur de son comportement ! A celui/celle qui évoque le harcèlement moral de
son supérieur, le système dira « qu’il/elle est en train de commettre une diffamation, une dénonciation calomnieuse », pour tenter de lui enfoncer un peu plus la tête sous l’eau en espérant le
noyer.
L’Education nationale met ses 1,4 million d’agents dans des cases, et a conçu une telle pyramide de pouvoirs, que faire remonter par la voie hiérarchique le
harcèlement que l’on subit de son supérieur, est juste suicidaire. La majorité des agents le sait, et se tait, par peur, par lâcheté. Toute la hiérarchie protègera celui ou celle qui agit
ainsi, considérant que forcément l’agent qui se plaint n’acceptait pas l’autorité de son supérieur.
André-Marc CADOR est un homme courageux, qui a décidé de dire NON à ce type d’agissements anormaux de la part d’un supérieur hiérarchique. Son livre en est un puissant message.
Non, être en position d’autorité n’autorise pas tout.
Il manque un mécanisme de sanction des harceleurs dans la loi, il manque des organismes indépendants et extérieurs à l’éducation nationale, et aux
administrations en général, pour veiller aux alertes émises par les agents. Dans l’éducation nationale existe un système de médiateurs académiques, qui curieusement sont choisis parmi
les collègues de ceux qui, en général, se rendent coupables de harcèlement hiérarchique : inspecteurs, chefs d’établissement, secrétaires généraux, chefs de divisions académiques. Ces
médiateurs ont tout intérêt à protéger ceux de leur caste, en leur proposant de cesser leurs agissements envers tel ou tel agent, sans pour autant les sanctionner pour le mal qu’ils ont fait
subir.
André-Marc CADOR heureusement a pris ce qui lui arrivait très au sérieux, n’a pas lâché prise, a consulté une avocate expérimentée, et a bien montré à la haute
hiérarchie qu’il ne lâcherait pas l’affaire de sitôt, même retraité.
L’ouvrage d’André-Marc CADOR est le reflet de ce qu’il se passe en coulisses dans toute l’Education nationale, en administration, que ce soit dans les
écoles, les collèges, les lycées, les inspections académiques, les rectorats, les établissements publics, les Greta. Partout, c’est le même mode de fonctionnement : chaque agent en position
managériale sait qu’il sera couvert, quoi qu’il fasse, quoi qu’il dise à ses subordonnés, par sa hiérarchie, dès lors qu’il/elle lui est soumis, applique les directives, et se montre d’une
parfaite loyauté.
Tout agent administratif doit lire cet ouvrage, et comprendre que c’est par l’inaction de tous, le silence de tous, que les managers qui
harcèlent ont un boulevard devant eux qui ne cesse de s’élargir. Prendre le parti du harceleur/de la harceleuse en étant « de son côté », c’est contribuer à cette entreprise criminelle
de destruction psychologique d’une personne, qui s’autodétruit physiquement par le stress subi.
Que celles et ceux qui ont détourné un jour le regard, ont joué l’indifférence sur leur lieu de travail pour « ne pas avoir de problèmes », sachent qu’ils
sont tout autant coupables que celles et ceux dont ils ont couvert les pratiques de harcèlement.
INTERVIEW DE L'AUTEUR, André-Marc CADOR, par AIDE AUX PROFS :
Pouvez-vous nous retracer les étapes de votre parcours professionnel ?
Sortant de la faculté, après un rapide passage dans une entreprise de verrerie locale où avaient travaillé mon grand-père et mon père, j’ai voulu voir d’autres
horizons et je suis parti à Paris suite à un concours à la Poste où je suis resté une dizaine d’années.
Toujours curieux d’explorer d’autres mondes je suis rentré par la suite au Ministère de l’intérieur pendant huit ans puis j’ai passé un nouveau concours à
l’Education Nationale où j’ai terminé ma carrière.
Quelles étapes avez-vous préférées, et pourquoi ?
Toute expérience est enrichissante.
Toutefois mon passage au Ministère de l’intérieur mais également au sein de l’Education Nationale m’ont beaucoup apporté sur le plan professionnel et
personnel.
J’ai aimé certains services plus que d’autres mais surtout en fonction du rôle et des responsabilités que j’avais à y exercer.
Avant l’arrivée de celui que j’appelle Narcisse dans mon livre j’ai adoré le poste que j’avais dans mon lycée pour sa polyvalence et pour l’occasion qui m’était
donné de participer au suivi et à l’encadrement humain.
Pourquoi n’avez-vous pas décidé un jour de tenter le concours d’attaché d’administration pour devenir Secrétaire Général d’un collège ou d’un lycée, puisque
vous aviez dépassé les compétences d’un agent de votre catégorie ?
Je n’aurais jamais la prétention de dire que j’avais dépassé les compétences d’un agent de ma catégorie, j’ai toujours essayé de faire de mon mieux c’est
tout.
J’ai effectivement songé parfois à passer le concours d’attaché mais cela impliquait de nouveaux mouvements géographiques et ma situation familiale pour
rejoindre mon épouse et lui permettre de faire une carrière stable était déjà suffisamment compliquée.
De plus j’avais des passions en dehors pour lesquelles je voulais garder du temps et ma vie personnelle est resté malgré tout prioritaire.
Certains appelleront cela un manque d’ambition, tout dépend de la façon dont on définit l’ambition.
En comparant le management de l’Intendant qui appréciait vos initiatives et vos compétences, et les agissements de Narcisse qui relèvent plus de la
médiocratie que du management proprement dit, pouvez-vous nous expliquer ce que devrait être un « bon management », et ce qu’aurait dû ou pu faire ce nouvel Intendant ?
Je ne dis pas qu’il est facile d’être chef de service car il faut savoir allier les compétences techniques sans renier les valeurs humaines.
Il faut avoir une certaine forme de psychologie pour savoir utiliser les compétences de ses administrés, mettre chacun à sa place et accepter de déléguer et
surtout communiquer.
Je pense que c’est par son honnêteté et en argumentant et expliquant ses décisions qu’un chef peut garder son autorité tout en se faisant
respecter.
Concernant mon dernier Intendant je crois que le problème était encore plus profond et qu’il n’aurait jamais dû avoir un poste de gestion humaine en raison de
sa personnalité déconstruite et perverse.
Ce n’est même plus une question de compétence pure dans son cas, mais l’Administration l’a laissé à son poste.
Avez-vous eu connaissance d’autres comportements comparables à celui qui vous a affecté professionnellement ? Si oui, quelle en a été l’issue
?
Effectivement j’ai connaissance d’autres personnes qui ont subies une forme de harcèlement moral au sein de l’Education Nationale.
Certaines sont parties, ont changé de service, démissionné ou pris une retraite anticipée pour ne pas sombrer.
J’ai tenté d’obtenir des témoignages que je souhaitais rajouter dans mon livre au départ mais je me suis rendu compte que les gens n’osent pas prendre la parole
de façon un peu officielle, même si j’ai promis l’anonymat.
La peur règne encore.
Si « Narcisse » pouvait être sanctionné, si sa hiérarchie considérait enfin qu’il a commis une faute grave par abus d’autorité, quelle sanction
préconiseriez-vous ?
Je pense qu’il est évident que ce genre de personne ne doit plus avoir accès à des postes d’encadrement.
Il faut les laisser sur des postes purement administratifs ou de contrôle technique et individualisé mais hors de toute implication humaine.
Exclusion de poste d’encadrement.
Si la faute est reconnue c’est le coupable qui doit partir et non la victime.
Un blocage d’avancement de carrière peut être envisagé au moins pour quelques années avec surveillance de comportement.
Et surtout ne pas oublier d’accorder sa reconnaissance à la victime.
Qu’aimeriez-vous dire au Ministre actuel, et aux ministres de l’éducation nationale qui se succèdent, pour parvenir à protéger ceux des agents, comme vous,
quelle que soit leur catégorie, qui sont victimes de tels personnages sur leur lieu de travail, quotidiennement ?
Peut-être de lire mon livre pour comprendre…..
D’ailleurs je le lui ai fait parvenir.
Plus sérieusement il y aurait beaucoup à dire mais il faudrait déjà qu’il y ait la volonté d’agir vraiment et une prise de conscience réelle du
sujet.
La simple communication et les effets d’annonce sans suivi ne suffisent plus.
Il faut que les personnels des DRH soient mieux formés sur le sujet, et que les mentalités changent enfin.
Des solutions doivent être trouvées afin que les victimes se sentent protégées, que les agents (victimes ou témoins) puissent parler sans crainte et que les
coupables sachent enfin qu’ils risquent vraiment d’être sanctionnés, sinon rien ne changera.
Je ne pense pas que l’Institution serait perdante à changer d’état d’esprit et à oublier cette mentalité de « pas de vague » anachronique , bien au
contraire.
Le débat est ouvert.
L'association AIDE AUX PROFS recommande fortement à tout étudiant, tout salarié tout agent de l'Education nationale, d'acheter et de lire cet ouvrage, témoignage rare, très détaillé, d'un ancien agent de ce grand ministère qui a pris le temps de décortiquer toute la mécanique implacable du harcèlement moral qu'il a subi, dans l'indifférence, le silence assourdissant, de la hiérarchie de son harceleur.
AIDE AUX PROFS conseille aussi à tout agent de l'Education nationale qui aura reconnu dans cet ouvrage des pratiques qu'il subit lui/elle aussi dans sa vie professionnelle de la part d'un collègue, ou d'un supérieur hiérarchique, d'adhérer à l'association HELPEN qui interpelle régulièrement les Parlementaires (Députés et Sénateurs) pour les lois changent, et que les salariés harcelés sur leur lieu de travail ne soient pas ceux qui doivent partir, pour avoir dénoncé ce qu'ils ont subi. Cette association agit collectivement pour que chaque salarié harcelé ne se sente pas exposé personnellement, mais soit bien concerné par l''évolution possible des lois régissant le harcèlement moral au travail.


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