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Depuis 28 ans sans engager de référendum, l'Etat a mis les données personnelles des citoyens en ligne. Et maintenant... les fuites de données se multiplient


Sous Jacques CHIRAC en 1998 a été prise la décision de développer l'administration électronique, dans l'objectif de "mettre en place une administration plurielle" pour faciliter la vie des usagers, pour faire de l'Etat "un acteur exemplaire, plus transparent et efficace, en facilitant la diffusion en ligne des informations publiques essentielles et en généralisant les téléprocédures". Alors que Jacques CHIRAC parlait souvent de la "fracture sociale", c'est lui qui l'a initiée techniquement.

 

De 1998 à 2007, sous Jacques CHIRAC (1995-2002 puis 2002-2007), le Programme d'action gouvernemental pour la société de l'information (PAGSI) démarre la mise en ligne des données personnelles des citoyens sur de nombreux serveurs en ligne, avec collecte de données personnelles via de nombreux formulaires en ligne. 

 

La facilité de ne pas avoir à se déplacer, à attendre derrière un guichet, dans une file d'attente de gens plus ou moins patients et parfois énervés, séduit. Le Gouvernement ne prend pas la peine de prendre l'avis de ses citoyens par référendum. D'emblée, c'est toutes les données d'une population, du bébé au vieillard, qui ont été progressivement mises en ligne contre leur gré par les gouvernements depuis 28 ans.

 

De 2004 à 2007, le plan ADministration ELEctronique (ADELE), qui dépense 1,8 milliard d'euros, est de faire de l'administration un levier de la modernisation de l'Etat. Le gouvernement de l'époque se base sur le fait que le nombre de PC vendus s'accroît (1 million par an en 2003 en plus), ainsi que le nombre d'internautes (2 millions de plus en 2003). En 2004, 10 millions de foyers étaient alors équipés d'un ordinateur dont plus de 70% équipés d'une connexion à internet. Plus de 20% des citoyens avaient déjà eu recours à des démarches en ligne, et le gouvernement affirmait par des sondages "représentatifs" (sur échantillon de 1028 personnes, habituellement), que plus de 40% des citoyens y étaient prêts.

 

Pas besoin de référendum, donc. A l'époque, personne ne pouvait deviner ce qui se produit depuis quelques années, crescendo, comme une fuite en avant...

 

Et c'est à partir de là que personne ne semble s'être posé la question de l'avenir de ces millions de données mises en ligne, ni de la compétence des informaticiens chargés de protéger les données personnelles placées sur les serveurs des administrations de l'Etat, et de tous les établissements publics qui le composent, sans compter tous les services qui y sont rattachés, tentés eux aussi de mettre en ligne les données personnelles des citoyens.

 

Jacques CHIRAC, si soucieux de "réduire la fracture sociale", n'a fait que l'accentuer, lui qui fixe comme objectif qu'avant la fin de l'année 2006, l'ensemble des démarches puisse être accomplies à distance, par téléphone ou par internet. Les objectifs d'alors étaient de "simplifier la vie des usagers (les internautes)", "de développer des services globaux et transversaux à plusieurs administrations", de "créer un pacte de confiance avec les citoyens en garantissant la confidentialité des échanges" en "associant la CNIL à la préparation de ce plan pour veiller au strict respect des libertés individuelles".

 

Pour 2006 est alors annoncé la Carte Vitale électronique, et progressivement la carte nationale d'identité numérique (CNIE).

 

Les belles annonces du gouvernement disaient "le citoyen gardera l'entier contrôle de l'utilisation des informations le concernant dans ses échanges avec l'administration". Le beau mensonge que voilà, quand les citoyens ont découvert progressivement que certaines structures publiques étaient insuffisamment protégées informatiquement, avec des fuites de données personnelles colossales, au grand dam des citoyens dont les données sont diffusées contre leur gré sur le "dark web" par des informaticiens nettement plus doués que ceux qui ont mis les données en ligne sur des serveurs soi-disant "ultra-sécurisés".

 

Il ne se passe pas un mois en France depuis 2026 sans que les citoyens apprennent que les données de telle clinique, tel hôpital, telle application de telle administration, de telle entreprise de télécommunication, de telle entreprise de tout domaine, ont fuité, les citoyens concernés se trouvant pris au dépourvu de la potentielle utilisation à leur insu de leurs données personnelles pour diverses opérations délictueuses, sans qu'ils puissent à aucun moment porter plainte contre l'Etat, tous ces hauts fonctionnaires et politiciens qui se sont succédé aux manettes de ces "innovations", sans prendre conscience qu'ils livraient les données de leurs électeurs à tout va.

 

Et maintenant, que faire ?

 

Les droits et libertés des citoyens sont bafouées par les fuites multiples de données personnelles, des dizaines de milliers de citoyens voient leurs économies s'envoler, grugés par des robots conçues par des génies informatiques de plus en plus performants, qui parfois se sont faits embaucher une à plusieurs années comme contractuel dans l'entreprise ou le service informatique de l'administration qu'ils pirateront ensuite.

 

Et tout se déroule comme si les politiciens et les hauts fonctionnaires plaidaient "non coupables" alors qu'ils ont tous été décideurs de cette évolution, sans songer à aucun moment à indemniser les dommages financiers et préjudices moraux subis par les citoyens affectés par des fuites de données.

 

En 2006, l'ambition était "une efficacité accrue des administrations modernisées", "une formidable opportunité pour rénover les procédures de travail de l'administration et dégager d'importants gains de productivité, tout en améliorant le service rendu aux usagers". En clair l'Etat espérait réaliser des économies, alors que la protection des données personnelles, la cybersécurisation des données, lui coûte chaque année de plus en plus cher. Il était question de 30% d'économies à l'époque, alors que depuis 2006 l'endettement de l'Etat n'a fait que croître... comprenne qui pourra: où passent les impôts des citoyens ? Qui pour les protéger de la fuite de leurs données personnelles ? C'est devenu tellement courant, que c'en est presque devenu banal, et c'est à chacun d'assumer les dysfonctionnements des administrations ou de telle ou telle entreprise qui n'a pas pris les bonnes mesures, à chaque citoyen d'imaginer sa propre stratégie de protection.

 

De 2008 à 2011 le mouvement se poursuit sous le Président Nicolas SARKOZY avec "France numérique 2012". Lancé en 2007, le projet SIRHEN de l'Education nationale, devant coûter 60 millions, devient un véritable gouffre, ayant occupé les carrières de centaines de hauts fonctionnaires de la Rue de Grenelle et de la DGRH de 2007 à 2020 avec une ardoise de 400 millions d'euros, sans que le projet voit le jour. Du gâchis d'argent public.

 

De 2012 à 2017 sous la présidence de François HOLLANDE, c'est le Secrétariat Général à la Modernisation de l'Action Publique (SGMAP) qui opère, avec pour projet en 2014 de faire du numérique "l'instrument de la transformation de l'Etat".

 

Un administrateur général des données est nommé...  sous l'autorité du Premier Ministre, et il est dit à l'article 4 du Décret n°2014-1050 du 16 septembre 2014 "qu"il peut être saisi par toute personne de toute question portant sur la circulation des données". Le fameux décret étant signé conjointement par Manuel VALLS, Premier Ministre Socialiste, et Emmanuel MACRON alors Ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique. Quant à l'adresse pour écrire au fameux administrateur général des données, point...

 

Fin 2015 les citoyens ont accès à un nouveau service numérique pour réaliser en ligne 90% de leurs démarches administratives. 

 

Depuis 2016 "France Connect" est déployé, permettant d'utiliser un identifiant et un mot de passe uniques pour de nombreux services publics en ligne : impôts, caisse d'allocations familiales, sécurité Sociale (Ameli), France Identité, ANTS (cartes grises), INPI (propriété industrielle), Mutuelle Sociale Agricole (MSA), etc.

 

Fin 2017, un plan "Préfectures nouvelle génération" (PPNG) se déploie pour faciliter les demandes de permis de conduire ou de carte grise, de carte d'identité, de passeport. La réforme repose sur l'Agence Nationale des Titres Sécurisés (ANTS) et les Centres d'Expertise et Ressources des Titres (CERT).

 

Nous sommes alors sous la Présidence d'Emmanuel MACRON, qui crée "des startups d'Etat" au sein du SGMAP avec des "entrepreneurs d'intérêt général (EIG)" recrutés parmi les hauts fonctionnaires et des contractuels de haut niveau dans les administrations. Des "startupers" qui ne prendront absolument aucun risque en dépensant l'argent de l'Etat, grassement rémunérés en salaire et en primes. Des hackhatons regroupent des développeurs et des chefs de projets, l'Etat devient une ruche butineuse, des milliers de hauts fonctionnaires s'imaginent être à la tête d'entreprises innovantes, financées à fonds perdus par l'Etat.

 

Le programme Action Publique 2022 poursuit cet élan de numérisation des données des citoyens avec un "Comité interministériel de la transformation publique" (CTIP) avec un "délégué interministériel à la transformation publique". Peu à peu c'est une véritable usine à gaz numériquen très dépensière en milliards d'argent public, qui se développe avec la DINUM (Direction interministérielle du numérique). 

 

En 2019 est mis en place le "prélèvement à la source" de l'impôt sur le revenu. De nombreux services de "simplification des démarches en ligne" soi-disant transversaux voient le jour, ce qui n'explique toujours pas pourquoi le Service des Retraites de l'Etat, l'Assurance Maladie, la MSA, l'Agirc-Arcco, ont besoin de collecter les mêmes documents auprès des futurs pensionnés qui passent leur temps à déposer en ligne sur des serveurs leurs données personnelles, sans savoir ce qu'elles deviendront, comment elles seront sécurisées.

 

Et maintenant, depuis 2025, le programme "procédure pénale numérique" (PPN) dématérialise l'ensemble des pièces de procédure pénale.

 

Depuis 2022 s'est ajouté à cet échafaudage l'expérimentation de l'Intelligence Artificielle, et la transformation de l'Etat absorbe toujours plus de milliards. 

 

Le 14 février 2024 la Caisse d'Allocations Familiales (CAF) est victime d'un piratage affectant 600.000 comptes sur les 13,5 millions d'allocataires en ligne qu'elle contient. La CAF conseille juste de "changer son mot de passe", mais rien concernant l'indemnisation des préjudices subis par les 600.000 comptes affectés...

 

Du 6 février au 5 mars 2024, France Travail révèle que les données personnelles de 43 millions de citoyens français ont fuité... mettant en danger toutes les personnes concernées. Et toujours aucune proposition de l'Etat de protéger ses citoyens ni de les indemniser...

 

Le 19 décembre 2025, le Ministère des Sports annonce que "des pirates informatiques ont réussi à s'infiltrer dans un système d'information de son ministère", et que 3,5 millions de foyers sont concernés. Pas de proposition de ce Ministère d'indemniser les victimes...

 

Le 9 janvier 2026, le Ministère de l'Intérieur subit une fuite de données personnelles sur une des plateformes de la DINUM et de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII). Le Ministre parle alors seulement "d"un manque d"hygiène informatique", sans proposer d'indemniser les victimes de ce piratage. 70.000 dossiers et 160.000 pièces justificatives ont été "exfiltrées". 2 millions de lignes de données liées à l'OFII ont été mises en vente sur le Dark Web.

 

Le 19 janvier 2026, l'URSSAF a détecté un "accès non autorisé" à l'interface d'échanges contenant des données de déclaration préalable à l'embauche réservées à ses partenaires institutionnels. Un compte a été identifié suspecté dé dérober les données de 12 millions de salariés...

 

Le 29 janvier 2026, les données de plus de 33 millions de citoyens français ont été piratées sur la plateforme Viamedis: numéro de sécurité sociale... Puis Almerys, concurrent direct de Viamedis, a été lui aussi affecté. Aucune proposition de l'Etat d'indemniser les citoyens...

 

Le 4 février 2026, les données personnelles de 377.000 candidats à la Plateforme "Choisir le Service Public" (candidats postulant aux annonces de postes à pourvoir dans les services de l'Etat) sont dérobées par des hackers.

 

Le 19 février 2026, le syndicat CFDT informe avoir été piraté : 1,4 million d'agents syndiqués sont concernés. Pas de proposition de la CFDT d"indemniser les éventuels préjudices subis par ses adhérents.

 

Le 19 février 2026, on apprend que le Fichier National des Comptes Bancaires (FICOBA) qui recense tous les comptes bancaires ouverts en France, a subi une fuite de données. Entre la fin janvier et le 19 février 2026, ce sont 1,2 million de comptes dont le RIB et l'IBAN ont pu fuiter, grâce "au vol des identifiants d'un fonctionnaire". Et toujours pas de proposition d'indemnisation des citoyens victimes.

 

Le 25 février 2026, de nouveau, la CAF annonce avoir été victime d'une fuite massive de données des bénéficiaires du RSA, soit plus de 1,8 millions de personnes. Des personnes pauvres, que la vie a déjà beaucoup accablé. Notre époque a totalement perdu son humanité. 

 

Le 2 mars 2026 la Ville de Paris informe avoir été victime d'une fuite de données (nombre de victimes non cité) sur la plateforme des Cours d'Adultes portant sur un ficher antérieur à mai 2025: les victimes ont vu leur prénom, leur nom, leur adresse électronique, leur adresse postale, leur numéro de téléphone, fuiter. Toujours pas de proposition d'indemnisation des victimes.

 

Le 2 mars 2026, c'est au tour de la Fédération Française de Gymnastique (FFG) d'informer que les données personnelles de ses 3 millions de licenciés et ex-adhérents ont été mises en vente sur le Dark Web.

 

Le 3 mars 2026 l'Union Nationale du Sport Scolaire (UNSS) annonce qu'elle a été victime d'une fuite massive de données personnelles portant sur 1,5 million d'élèves de 11 à 18 ans licenciés à l'UNSS en... novembre 2025... Soit 5 mois de réactivité des informaticiens pour informer les citoyens. Toujours pas d'indemnisation des éventuels préjudices subis par les victimes.

Les prénoms, noms, identifiants, dates de naissance, adresse de leur établissement scolaire, les données de leur assurance, l'URL de leur photo d'identité, ont fuité. Pas de quoi rassurer leurs parents, avec toutes ces données permettant de localiser leurs enfants.

 

Le 6 mars 2026, le Ministre de la Santé "révèle une erreur monumentale". Les données de 11 à 15 millions de Français (pareille imprécision laisse à désirer tout de même...) ont fuité sur le Dark Web.

 

Le 23 mars 2026 le Centre National des Oeuvres Universitaires et Scolaires (CNOUS) a subi une cyberattaque. Les données de 774.000 étudiants ont fuité. Toujours pas de proposition d'indemnisation des victimes par l'Etat.

 

Le 24 mars 2026 c'est au tour de l'Education nationale de se faire soutirer des données: 243.000 agents en sont victimes, essentiellement des enseignants, sur le logiciel Compas, dédié à  la Gestion des Ressources Humaines des stagiaires du 1er degré et du 2nd degré. Bienvenue aux nouveaux professeurs dans l'Education nationale, vos données personnelles ont été volées ! Et toujours pas d'indemnisation proposée par l'Etat aux citoyens... Les données volées sont: prénoms, noms, adresses postales, numéros de téléphone, périodes d'absences des enseignants. Les données des tuteurs des stagiaires elles aussi ont fuité.

 

En 2026, le chercheur Clément DOMINGO estime que les données de 80% des 68 millions de français sont actuellement sur le Dark Web: voilà la résultat de 28 ans de Transformation et de Modernisation de l'Etat pour dégager des gains de productivité, et réaliser des économies, tout en aggravant l'endettement de l'Etat, passé de l'an 2000 à l'an 2025 de 60% du PIB à 115% de son PIB, soit 91,6% d'augmentation en 25 ans. L'accélération de l'endettement se situe justement au moment où les plans de modernisation de l'Etat annoncent vouloir simplifier la vie des citoyens et dégager plus de 30% d'économies : un véritable gap s'est produit en 2008-2010, l'endettement sur le PIB passant de 66% à près de 90%.

 

Un deuxième gap s'observe de 2020 à 2021, avec une augmentation de 100% d'endettement sur le PIB à près de 120%, liée au confinement de la crise sanitaire.


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