L'actualité des années 2025 et 2026 nous présente des faits troublants: des inspecteurs de tous grades qui veulent rappeler le poids de leur pouvoir pour interdire ce qui les contrarie, ou porter plainte contre ceux qui dénoncent leurs pratiques d'inspection.
D'ordinaire, les IEN sont supervisés par les DASEN, les IA-IPR rendent compte aux Recteurs, les IGeSR bénéficient d'un statut particulier en s'autodisciplinant eux-mêmes via un règlement entre pairs très exigeant, ne rendant compte qu'au Ministre.
Certains inspecteurs prennent des initiatives relayées par les médias, sans que leur hiérarchie n'intervienne. On suppose en amont qu'elle leur en a donné l'autorisation, tellement le devoir de réserve d'un haut fonctionnaire de l'Education nationale est exigeant. Cela pose question, en pleine campagne institutionnelle de tentatives de redonner de l'attractivité au métier d'enseignant.
Les initiatives médiatisées de certains IEN, IA-IPR et IGeSR servent-elles de "tests" à un système en perte d'attractivité, réputé trop autoritaire à une époque où la parole des agents se déverse abondamment sur les réseaux sociaux ?
Le système s'achemine-t-il vers un pouvoir des inspecteurs-censeurs, comme pour revenir à une IIIe République autoritaire envers les professeurs, leur dictant ce que doit être leur comportement en toutes circonstances, malgré leur haut niveau d'instruction ?
- S'agit-il de nostalgiques des "hussards noirs de la République" qui ont pris leur fonction trop à coeur ?
- S'agit-il d'inspecteurs qui veulent se montrer les plus durs possibles, pour se tailler une réputation d'inflexibles, et mériter les honneurs d'une haute hiérarchie intransigeante ?
- S'agit-il de nouvelles pratiques d'infantilisation à grande échelle, pour rappeler que l'éducation nationale n'est pas un univers où la liberté de pensée et d'expression est permise quelle que soit l'intention pédagogique, mais que cette liberté doit être fermement encadrée dans les limites que les inspecteurs-censeurs souhaitent lui fixer ?
Frank BURBAGE et Paul MATHIAS, Administrateurs de l'Etat honoraires ont co-signé une tribune dans Le Monde le 23 octobre 2025 pour dénoncer "l'autoritarisme (qui) a envahi peu à peu tous les échelons de l'éducation nationale depuis deux décennies".
Le 6 février 2026 L'Humanité a informé ses lecteurs de la décision d'une IA-IPR empêchant les élèves d'une école primaire de Commentry dans l'Allier, de chanter "les Mains d'or", une chanson qu'ils avaient répétée depuis plusieurs mois avec leur professeur d'Education Musicale. Les jeunes élèves de ce collège ont-ils vraiment voulu faire preuve de prosélytisme à leur âge ? Les polémiques qui émaillent la sphère publique des adultes doivent-elles pénaliser les élèves à ce point ?
Nous laissons à tous nos lecteurs le soin d'y réfléchir, à partir des exemples cités dans les médias, et mentionnés ci-dessous. Sur notre page Facebook aura lieu un débat, comme chaque fois que la rubrique Tribune lance un nouveau sujet.
Depuis fin juillet 2024 une nouvelle association, HELPEN, pilotée par Guillaume DELABY, s'est donnée pour objectif d'assurer une prévention informationnelle sur les dégâts perpétrés par le harcèlement moral entre adultes dans l'éducation nationale, à tous les niveaux, et de proposer des actions de remédiation. Elle mise sur sa force collective pour tenter de convaincre les parlementaires et les ministres de changer la loi, et de mieux protéger les agents harcelés, notamment lorsque leur harceleur est un supérieur hiérarchique.
L'illustration est de Anna CHRONIQUE, illustratrice BD pour l'association AIDE AUX PROFS en 2025-2026 - Tous droits réservés à elle et à l'association pour l'usage et la diffusion des images satyriques réalisées.
1) Dans la semaine du 23 mars 2025, 24 médias relaient la forte déception de l'illustrateur de BD JUL que sa version illustrée de "La Belle et la Bête", modernisée par Jeanne-Marie LEPRINCE DE BEAUMONT, ait été interdite de fabrication et de diffusion aux élèves de CM2 de toute la France en fin d'année, par l'IGeSR Carole PASCAL, alors DGESCO.
2) L'actualité 2026 c'est cette curieuse affaire d'un professeur très médiatique, William LAFLEUR, qui n'a fait que relater le contenu de sa dernière inspection, connue de lui seul et de son IA-IPR de l'époque, qui a porté plainte pour diffamation, demandant des dommages et intérêts au professeur ayant démissionné au moment de la publication de son ouvrage. Pourtant, rien n'indique dans l'extrait des pages 136 à 143 de l'ouvrage "l'ex plus beau métier du monde" de quel IA-IPR il s'agit. Tout au plus l'intéressé peut-il avoir eu peur d'avoir été reconnu de sa hiérarchie, découvrant la teneur de certaines de ses inspections, et avoir voulu "laver son honneur", conscient que s'il gagnait, cela interdirait à l'avenir que des professeurs puissent raconter dans les médias la manière dont ils ont ressenti, vécu, leurs inspections/rendez-vous de carrière, fussent-elles violentes et/ou humiliantes. Mais si cet IA-IPR dont le nom n'est connu d'aucun des lecteurs de l'ouvrage incriminé, perd son procès, comment sa hiérarchie réagira-t-elle ?
3) Ici, une inspectrice qu serait responsable du mal-être généralisé des enseignants de sa circonscription dans l'Orne (Normandie), médiatisé en novembre 2023.
4) Là, en décembre 2020, c'est une dizaine de professeurs des écoles et de conseillers pédagogiques dont les plaintes concordent pour dénoncer le climat "malsain" qu'une IEN aurait instauré dans sa circonscription de Lambersart (Nord).
5) Ici, une mère d'élève de Poissy (Académie de Versailles) qui se plaint du comportement d'un IA-IPR qui lui "aurait hurlé dessus", après avoir signalé des faits de harcèlement sur son fils.
6) Là, une IEN qui estimait avoir subi un harcèlement moral de la part de son DASEN, dans l'académie de Poitiers, est déboutée de sa plainte.
9) Là, c'est une DASEN du Territoire de Belfort qui a dû plier bagages plus tôt que prévu, en raison de sa gestion interne. Ce qui n'a pas empêché sa hiérarchie de lui décerner les Palmes Académiques.
10) Ici, en juillet 2019, un DASEN démis de ses fonctions après une enquête administrative dans les Yvelines (Rectorat de Versailles). Cet autre article indique que la gendarmerie avait été chargée d'enquêter.
11) Là, en juillet 2023, une DAASEN qui estime avoir subi un harcèlement moral de la part de sa hiérarchie. Le Rectorat de Martinique s'en est défendu.
Ne peut-on imaginer que les Ministres qui se succèdent puissent concevoir une "Charte Qualité du comportement exigible d'un inspecteur", permettant à ses pairs de signaler un comportement qu'ils jugent inadapté, de nature à créer de la souffrance au travail chez les agents supervisés, inspectés ?
Nous avions interviewé de 2006 à 2016 dans le cadre de la rubrique que nous animions pour le Café Pédagogique plusieurs IEN et IA-IPR sur leurs parcours de carrière, ce qui permet de quitter quelque peu l'image de "l'inspecteur-censeur". Tous ont décrit la passion de leur métier, très diversifié :
- Daniel AUVERLOT, IA-IPR puis IGEN
- Jean-Pierre OBIN, IGEN
- Michèle DRESCHLER, IEN
- Jean-Claude ROUANET, IA-IPR devenu IA-DSDEN
- Amaury FLEGES, devenu IGeSR
- Georges FOTINOS, IEN puis IA-IPR puis Chargé de mission à l'IGEN
- Eric LARCHER, IA-IPR
- Gérard DUCHEMIN, IEN puis IA-IPR
- Françoise BOISSOU, IA-IPR
- Paul QUENET, IA-IPR
- Gérard GRANIER, IA-IPR
Un IEN ou un IA-IPR doit être un chef d'équipe, un Coordinateur, et doit agir avec écoute, empathie, humanité. C'est à eux, collectivement, entre pairs, de veiller à éviter les dérapages de certains d'entre eux, dès qu'ils en ont connaissance. C'est aussi au DGRH, vers lequel doivent certainement remonter les affaires, de prendre les mesures qui s"imposent, pour que des inspecteurs ne se sentent pas impunis quoi qu'ils fassent.

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