La mort d’une enseignante d’un cancer de l’ovaire en mai 2025 (qui a enseigné à Lannion pendant 23 ans) reconnu maladie professionnelle liée à l’amiante, suscite de grandes inquiétudes pour tous les enseignants, potentiellement tous exposés à de tels risques sanitaires.
Selon un rapport du Haut Conseil de la Santé Publique en 2014, d’ici 2050, le nombre de décès par cancer du poumon dus à l’amiante sera de 50.000 à 75.000. Santé Publique en 2019 avait alors annoncé que 20 à 60 personnels de l’éducation nationale par an voyaient leur cancer lié à l’amiante être reconnu comme maladie professionnelle. Des chiffres largement sous-estimés car ils n’intègrent pas les cancers du larynx et de l’ovaire liés à l’exposition à l’amiante. Des effets très difficiles à tracer puisqu’ils n’interviennent que des décennies après l’exposition.
En 1997 l’amiante a été interdite dans les matériaux de construction. Mais ce sont tous les agents (professeurs, agents d’entretien, personnels de
surveillance et de direction) des établissements scolaires concernés, les élèves, et dans une moindre mesure les parents (lors des réunions parents/profs), qui y auront été exposés toute leur
vie.
30 ans plus tard (seulement !), l’Education nationale lance un plan 2025-2027 via un BOEN du 25.09.2025 qui fixe 3 priorités :
- Renforcer le pilotage de la prévention dans les académies et départements,
- Développer les actions de prévention dans les locaux contenant de l’amiante,
- Conforter le rôle des instances de dialogue social dans le suivi et l’analyse des risques.
Pour sa mise en œuvre, chaque académie doit désigner un référent amiante, interlocuteur de la DGRH. Les recteurs doivent mobiliser les personnels de
direction et les inspecteurs en lien étroit avec les collectivités territoriales, propriétaires des bâtiments scolaires.
Dans un ministère aussi gigantesque que l’Education nationale, qui a toujours négligé sa médecine du travail réduite à 77 médecins pour 1,4 million
d’agents, il n’est pas surprenant d’avoir attendu 29 ans après l’interdiction de l’amiante pour se préoccuper de la santé de ses personnels.
82% des bâtiments scolaires datent d’avant 1997 et 70% d’entre eux contiennent encore de l’amiante.
C’est le constat inquiétant que l’intersyndicale de l’éducation (FSU, Unsa, Cfdt, CFT Educ’action, SNALC et SUD education) dressait en mars 2025.
Des dalles de sols qui se sont dégradées et libèrent des fibres microscopiques au peuvent être inhalées.
Le 5 septembre 2019 l’Education nationale avait diffusé un guide d’information AMIANTE à l’attention des agents lors d’un CHSCT Ministériel. (cf en
fin d'article en PDF).
Ce guide rappelait que la commercialisation de ce matériau a été interdite en France depuis le 1er janvier 1997. Utilisé pendant plus de 130 ans dans la
construction, et de manière massive dans les années 1970-1980, et comme isolant notamment (protection incendie, thermique et phonique), il est présent encore dans plus de 65% des écoles, collèges
et lycées en France.
Il est présent en flocage, en calorifugeage, dans les dalles de sol, dans les murs, dans les plafonds, dans les toitures (amiante-ciment).
Microscopiques, indestructibles, les fibres d’amiante peuvent être inhalées du fait de la dégradation des matériaux, et devenir cancérogènes. On
pense donc immédiatement que d’avoir placé ce matériau dans des dalles de sol des millions de fois parcourues dans une année scolaire par des élèves, que ce soit dans les salles de cours,
les salles des profs, les couloirs, les escaliers, a pu affecter un nombre indéterminé de professeurs depuis au moins 2 générations.
Les maladies provoquées par les fibres sont nombreuses et ne se déclenchent que sur le moyen et long terme :
- Fibrose du poumon ou de la plèvre
- Cancers (mésothéliome de la plèvre, cancer broncho-pulmonaire, etc)
L’amiante étant un « cancérogène sans seuil », il n’y a pas de niveau d’empoussièrement en-dessous duquel il n’y a aucun risque. Certaines maladies peuvent
survenir après de faibles expositions, mais la répétition de l’exposition augmente la probabilité d’être malade. Les effets sur la santé d’une exposition à l’amiante peuvent apparaître
plusieurs décennies après la fin de l’exposition.
Nous y voilà… Les gouvernements qui ont repoussé l'âge de départ en retraite à 64 ans, avec possible poursuite jusqu'à 70 ans pour ceux qui veulent
leur "taux plein" quand il leur manque les annuités nécessaires, ont-ils estimé qu'avec un "âge moyen des français en bonne santé à 63 ans", il y avait une forte probabilité
qu'il en meure beaucoup par cancer avant leurs 70 ans pour faire l'économie de leur pension de retraite ?
Le seul moyen de savoir si tu as travaillé dans un établissement scolaire contenant de l’amiante, est de renseigner sur sa date de construction. SI elle est
postérieure au 1er juillet 1997, il n’y a pas d’amiante.
Si elle est antérieure, il te faut te souvenir du nombre d’années où tu as pu travailler dans un tel environnement.
Si tu es toujours en poste dans un tel établissement, tu serais bien avisé de demander à ton chef d’établissement la communication du « dossier technique
amiante » (DTA) pour savoir s’il y a encore de l’amiante dans ton établissement, et où. Tu as le droit de demander via tes représentants au C.A une évaluation de l’état
de conservation, et l’établissement de mesures de sécurité. Les informations contenues dans le DTA sont normalement prises en compte dans le Document Unique d’Evaluation des Risques
Professionnels (DUERP).
Car tous les êtres humains passant dans l’établissement sont potentiellement concernés :
- Agents d’administration
- Professeurs
- Personnels d’entretien
- Personnels de laboratoire
- Parents d’élèves
- Elèves
- Ouvriers d’entreprises étant intervenus pour différents travaux sur le bâti (perçage, ponçage, passages de câbles, etc)
Ça en fait du monde… !
Dans le DTA, tu auras la liste précise des matériaux amiantés dans ton établissement, et quelles mesures de sécurité ont été prises depuis
1997.
L’administration pourra fournir aux agents ayant été exposés à l’amiante une attestation de présence dans le bâtiment concerné par leur signalement.
Tout agent en présence de matériaux dégradés ou d’intervention sur un matériau douteux (soupçon de présence d’amiante, ou libération accidentelle de fibres
d’amiante dans l’air) doit se mettre en sécurité et informer sa hiérarchie, en renseignant le Registre de Santé et de Sécurité au Travail (RSST) pour assurer la traçabilité du
signalement.
L’agent peut exercer son droit de retrait parallèlement à la rédaction d’une fiche de danger grave et imminent (registre prévu par le décret
n°82-453 du 28 mai 1982 relatif à l’hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu’à la prévention médicale dans la fonction publique) pour garder trace de l’évènement et de sa prise en charge. Il
donne lieu à une enquête de l’administration destinée à évaluer le risque et ç mettre en œuvre des mesures de prévention.
Les personnes ressources en cas de suspicion d’une libération accidentelle d’amiante dans l’air sont :
- Le directeur d’école et l’IEN de la circonscription, le chef d’établissement ou le chef de service qui informe sur la présence d’amiante dans les
locaux,
- L’assistant de prévention ou le conseiller de prévention,
- Le médecin de prévention, qui informe les agents sur les risques pour la santé,
- Les membres du CHSCT qui peuvent accompagner et conseiller les agents.
Après avoir cessé leurs fonctions, les agents qui ont été exposés à l’amiante ont droit à un suivi médical post professionnel pris en charge par l’employeur
:
Toute personne ayant une maladie résultant d’une exposition à l’amiante durant son travail peut déclarer une maladie professionnelle. Si la maladie est reconnue,
elle sera indemnisée. Cette indemnisation pourra être complétée par le Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (FIVA) qui indemnise également des victimes extra-professionnelles.
Les personnes
reconnues atteintes d’une maladie professionnelle provoquée par l’amiante peuvent obtenir une cessation anticipée d’activité (cf décret n°2017-435 du 28 mars 2017).
29.09.2025 : L’Education nationale lance un plan 2025-2027 de repérage,
mise en œuvre de protection et information des agents sur le risque d’amiante, plus de 30 ans après l’interdiction de l’amiante.
07.10.2025 : Sur
ACTU, plus de 50% des écoles ne seraient pas en règle
19.11.2025 sur Alternatives Economiques: l’amiante à l’école, une urgence négligée par les pouvoirs
publics
19.11.2025 : plusieurs syndicats et associations des Bouches-du-Rhône déposent une plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui
et manquement à la règlementation concernant la présence d’amiante dans les établissements scolaires
20.11.2025 : SUD éducation propose de faire partout le procès de l’amiante dans l’éducation
20.11.2025 : l’avocate
du collectif STOP AMIANTE parlait d’une catastrophe sanitaire à venir
27.11.2025 : ACTU évoque le suivi médical catastrophique des
personnels de l’éducation nationale
13.01.2026 :
Sur France Info : le décès par cancer lié à l’amiante d’une enseignante

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