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Le Sénat refuse aux AESH le statut de fonctionnaire. Cette décision suscite la stupéfaction générale des syndicats, des médias, et de tous agents d'enseignement


Un vent d'espérances s'était levé grâce à l'action de l'intersyndicale enseignante pour demander que les AESH puissent bénéficier d'une revalorisation de leur statut, en leur obtenant la fonctionnarisation. Une sénatrice socialiste de la Drôme, Marie-Pierre MONIER, avait proposé car elle sait de quoi elle parle (ancienne professeur de Mathématiques durant toute sa carrière) une loi destinée à offrir le statut de fonctionnaire aux AESH. Ils auraient alors eu accès à une grille indiciaire spécifique, une vraie progression salariale, une protection contre l'arbitraire d'un système de gestion "des ressources humaines" qui leur est fort préjudiciable. Occasion ratée ?

 

AIDE AUX PROFS associe sa voix à celles qui montent du terrain: AESH, enseignants, syndicats, pour que les AESH obtiennent le statut de fonctionnaire.

 

Malheureusement, une majorité de sénateurs a refusé cette proposition.

 

Sans doute qu'il est moins coûteux d'investir 34.000,00 € dans le paiement de 2 fauteuils et d'un prototype pour le Président du Sénat, ou de s'occuper du financement du système des retraites dorées des sénateurs, et de leurs indemnités diverses en brut mensuel.

 

Les revenus mensuels des Sénateurs sont totalement déconnectés de la réalité salariale des AESH. Voilà un état des lieux précis :

 

Indemnité de base: 5.931,95 €/mois

Indemnité de résidence: 177,96 €/mois

Indemnité de fonction: 1.527,48 €/mois (bien supérieure au salaire d'un AESH)

 

Auxquelles viennent s'ajouter les allocations familiales, et les indemnités relatives aux responsabilités occupées au Sénat :

Président: 7.591,58 €/mois

Vice-président et présidents de commission: 4.444,97 €/mois

Questeur: 2.184,30 €/mois

 

Auxquels s'ajoutent encore:

- une avance pour frais de mandat (AFM) de 6.600,00 €/mois

- Un hébergement à Paris pour les sénateurs sans logement de fonction: 1.500,00€ de plus par mois

- une dotation monétaire pour acheter leur matériel informatique et bureautique: 6.000,00 € tous les trois ans (les professeurs eux, en 3 ans, doivent se contenter de 450,00 € puisque l'indemnité informatique est de 150,00€/an)

- une représentation liée aux fonctions spéciales: 750,00€/mois

 

Auxquels s'ajoutent encore:

- une enveloppe de 8.402,85 €/mois pour salarier 2 à 3 collaborateurs parlementaires

- la gratuité des tickets de transport sur la totalité du réseau SNCF en 1re classe

- 40 allers-retours aériens par an entre Paris et leur circonscription et des forfaits spécifiques pour les élus d'outre-mer

- la prise en charge des frais annexes: taxis, péages, hébergement à Paris lors des sessions parlementaires, usage des voitures du Sénat pour leurs déplacements en Région Parisienne

- une caisse autonome indépendante du régime général pour leur protection sociale

- une caisse de retraite spécifique sans subvention extérieure, avec 1,8 milliard d'euros pour les retraites des anciens sénateurs dont 1,43 milliard d'euros en immobilisations financières (= placements financiers).

 

Sans compter les voyages pris en charge par le budget du Sénat pour participation aux groupes d'amitiés internationaux qui permettent aux sénateurs de réaliser de nombreuses délégations aux 4 coins du Monde. Un sénateur coûte en moyenne 920.000,00 € par an au Sénat, donc à l'Etat, soit 67,7 fois plus que le salaire annuel d'un AESH sachant que la majorité se voit imposer un contrat de 24h/semaine.

 

Source de tous ces chiffres: site web de l'essentiel de l'eco

 

Il y a donc clairement une déconnexion totale du niveau de vie mensuel des sénateurs en France par rapport au salaire moyen des AESH et de plus de 90% des actifs de toutes professions de ce pays. 

 

Le dernier chiffre donné par l'INSEE date de 2022 et est de 2.730,00 € nets par mois pour un plein temps pour les salariés du privé (4.570,00 € nets pour les cadres; 2.030,00 € nets pour les ouvriers; 1.960,00 € nets pour les employés).

 

Les AESH ne sont donc même pas payés comme des employés, ils doivent se sentir comme "les larbins du système". Ils sont exploités sans aucun état d'âme par un Ministère gigantesque qui dépense tout de même un budget annuel de 64,5 milliards d'euros.

 

En 2025, la Ministre Anne GENETET dans le "PROJET DE LOI DE FINANCES 2025" précisait dans son "édito" vouloir une Ecole plus égalitaire", "une Ecole toujours plus inclusive", "où chaque enfant de la République trouve sa place". Elle parlait "d'efforts engagés en faveur de la scolarisation des enfants en situation de handicap", "qui s'intensifieront en 2025 avec le recrutement d'AESH supplémentaires", concluant que c'était là "une ambition pour l'Ecole".

 

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 L'ambition en question se résume à exploiter littéralement et abusivement une main d'oeuvre constituée de 93% de femmes, reléguées à des salaires de misère, dans une Institution où ceux qui dirigent bénéficient d'échelles indiciaires très élevées (jusqu'à l'indice brut 2.074 pour les Inspecteurs Généraux et Directeurs d'administration, Recteurs et Dasen qui accèdent au grade "d'Administrateur de l'Etat") et de primes annuelles énormes, supérieures au salaire annuel d'un agrégé de fin de hors-classe.

 

Le 10.12.2024 Murielle LEPVRAUD, Députée LFI des Côtes-d'Armor, avait interpellé la Ministre de l'Education nationale sur la situation précaire des AESH, soulignant la pénibilité de leur métier, méritant des efforts de la Nation envers cette profession. Elle suit attentivement la situation des AESH. Cf toute son activité ici.

 

La Ministre avait alors répondu le 1er Juillet 2025 ces éléments, comme si les AESH devaient s'en contenter, elles (et eux) qui assument pleinement le poids des revirements continuels des politiques des quinquennats précédents qui ont préféré supprimer les professeurs en RASED pour reporter le poids de l'Ecole inclusive sur des agents moins formés, et moins payés, et surchargés de travail.

 

L'Education nationale considère donc dans cette réponse que la situation des AESH a été améliorée:

- depuis la rentrée 2023 ils peuvent espérer un CDI au bout de 3 ans au lieu de 6 ans auparavant (pour "lutter contre la précarité de ces professionnels")

- au 01.01.2024, une augmentation de salaire de 11 à 14% leur a été appliquée avec une nouvelle grille indiciaire

- au 01.01.2024, une indemnité de fonctions de 1.529,00 € par an (127,41 €/mois) leur a été octroyée.

- les AESH référents bénéficient d'une indemnité revalorisée

- et enfin, la Ministre indiquait que de 2017 à 2024, la rémunération nette d'un AESH avait progressé de 41% en moyenne, soit +287,00 €/mois.

- elle parlait aussi de "reconnaissance statutaire" dans le fait que leur gestion administrative était désormais assurée par les Rectorats (ndlr: depuis quand les Rectorats sont réputés sur leur capacité à assurer leur reconnaissance aux agents ?)

 

Réponse complète de la Ministre

 

Qu'on en juge un peu: 

Agent contractuel, l'AESH pourrait toucher en théorie en début de carrière 1.826,00 € bruts par mois, soit un SMIC net de 1.426,00 €.

 

Or, le contrat majoritairement proposé par l'Education  nationale est de 24 heures, pour un montant de 1.132,00 € bruts par mois, aboutissant à un salaire net de 850,00 € par mois.

 

Qui peut vivre en France avec cette somme-là ?

 

L'Education nationale emploie donc, pour s'occuper d'un nombre croissant d'élèves en situation de handicaps divers et variés (520.600 élèves à la rentrée 2025), 145.000 Accompagnants d'Elèves en Situation de Handicap (AESH) placés à un niveau de salaire en-dessous du seuil de pauvreté qui était en 2025 de 1.216,00 € nets par mois. En 2025, plus de 9 millions de personnes, soit 14,4% de la population française, sont dans cette situation (sans comptabiliser les migrants, les SDF, les populations en prison, et les personnes âgées en Ehpad).

 

Le Sénat a donc refusé le mercredi 7 janvier 2026 de titulariser les AESH dans un statut de fonctionnaire, et de maintenir la précarité de leur statut, avec des salaires bien inférieurs au SMIC et au Seuil de pauvreté en France.

 

De 2020 à 2025, les chiffres de l'INSEE permettent de totaliser l'inflation à 14,2%. L'augmentation de salaire des AESH du 01.01.2024 n'a donc pas compensé l'inflation qui frappe de plein fouet ces personnes aux maigres revenus. Sur la période 2000-2025, l'inflation cumulée aura été de 42,7%.

 

La revalorisation dont se réjouissait la Ministre en 2014 n'était donc qu'une compensation de 17 ans de perte de pouvoir d'achat, qui aboutit à +1,7% d'augmentation réelle sur la période 2000-2025.

 

Une sénatrice de La France Insoumise (LFI), Gabrielle CATHALA, a interpellé aussi le gouvernement le 07.10.2025 sur la situation des AESH, soulignant elle aussi "un manque d'attractivité de la profession, avec des rémunérations insuffisantes, des contrats de travail souvent à temps partiels, des journées hachées et des conditions de travail difficiles".

 

Aussi le vote d'opposition à la fonctionnarisation des AESH le 07.01.2026 de la majorité des élus du Sénat est-il incompréhensible :

 

En mai 2027 la volonté du Peuple s'exprimera dans les urnes et c'est à ce moment-là que le Peuple doit faire entendre sa voix pour faire regretter à cette majorité de Droite et du Centre au Sénat depuis 1958 (sauf de 2011 à 2014 où la Gauche fut brièvement majoritaire), toutes les décisions prises qui n'ont pas su prendre en compte la précarité croissante des électeurs sans lesquels ils ne pourraient pas profiter des largesses du produit des impôts qui pèsent de plus en plus lourdement sur la grande majorité d'entre eux.

 

Pour 2027-2032, ce dont ont besoin 90% des français, c'est d'une politique réellement sociale, attentive aux plus précaires sans leur jeter des miettes, pas d'une oligarchie qui s'éloigne de plus en plus du niveau de vie moyen en épargnant les riches, les ultra-riches et les méga-riches dont elle fait partie au Parlement et au Gouvernement.

 

EN SAVOIR PLUS SUR LES CONDITIONS DE TRAVAIL DES AESH

 

17.12.2025: une mobilisation syndicale contre un "scandale institutionnel" titrait alors le Café Pédagogique

 

Un des appels d'un syndicat de l'intersyndicale, CGT Educ

 

La pétition intersyndicale sur SUD Education, pour que AESH soit enfin reconnu comme un vrai métier, dans un corps de fonctionnaire

 

Le courrier intersyndical (F.S.U, Cfdt, Se-UNSA, CGT Educ, Snalc, SUD Solidaires) du 07.11.2025 vers le Ministre Edouard GEFFRAY 

 

LA STUPEFACTION TOTALE DU REJET DES SENATEURS, RELAYEE PAR LES MEDIAS :

 

- Le 07.01.2025 dans La Croix, Le Projet Arcadie, Le Télégramme, ...

- Le 08.01.2025 dans Ouest-France , Le Monde, La Banque des Territoires, Handicap, Parlons Politique, AEF Info, ...

- Le 09.01.2026 dans l'Humanité , Le Café Pédagogique, Actu, Vousnousils, La Gazette des Communes, ...

- Le 10.01.2026 dans La Voix du Nord, ...

 

LA REACTION DES SYNDICATS, QUE NOTRE ASSOCIATION PARTAGE PLEINEMENT :

- LE SE-UNSA

- LE SNALC

 


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