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Mal payés, surchargés de travail, ce sont les hussards du 1er degré: les directeurs et directrices d'écoles. Voyage dans la France de l'ingratitude


Les hussards du 1er degré, ce sont eux: au champ, au moulin, au four, hommes et femmes chefs d'orchestres, dans une France qui refuse toujours de leur attribuer un rôle hiérarchique, gestionnaire des ressources humaines de leur école, et de les payer à la hauteur de tout leur investissement, de leurs mérites.

 

Ils sont responsables de tout, ne ménagent pas leur temps pour répondre aux exigences délirantes de l'Institution, avec des inspecteurs (IEN) et des DASEN bienheureux d'avoir trouvé des serfs qu'ils paieront peu de chose (en regard de leurs primes RIFSEEP personnelles pour avoir su nommer des directeurs et directrices d'école efficaces) pour une montagne de boulot par semaine.

 

C'est cela l'art de la hiérarchie: trouver de bonnes poires pour abattre un boulot de dingue, pour trois francs six sous. La rémunération de ces hussards est dérisoire quand on considère toutes leurs responsabilités, et les agressions autant verbales que physiques dont ils sont victimes. Ils vont se battre chacun pour tenter d'obtenir une école de plus en plus grande, pour augmenter leur prime (ISS, majorée de 20% en REP et 50% en REP+), passant de 247,55 € bruts/mois pour une école à classe unique, à 314,22 € par mois pour une école de 10 classes et plus. Cela fait donc 6,66 € brut par classe de plus tous les mois, quand on y songe... même pas le SMIC !

 

La majorité des directeurs sont des directrices. Et il est certain que si les femmes n'étaient pas 93% des effectifs à enseigner en Maternelle, et 78% en Primaire, les députés et sénateurs se seraient bougés depuis longtemps pour revaloriser décemment leurs primes, et leur échelle indiciaire.

 

Le 14 août 2023 un décret paru au JORF leur a apporté "un petit plus", considéré par les syndicats comme une grande avancée, mais quand on considère l'avantage en question, cela laisse songeur. 

 

Prêts ? Article 4...

"Les instituteurs et professeurs des écoles nommés dans l'emploi de directeur d'école ou en assurant les fonctions poursuivent leur carrière dans leur corps.
A l'issue de chaque année de services continus accomplis dans la fonction de directeur d'école, les personnels mentionnés à l'article 3 bénéficient, pour l'avancement au sein de leur corps respectif, d'une bonification d'ancienneté de trois mois."

 

Etant donné que l'échelle indiciaire, elle, ne change pas, ces directeurs d'école une fois arrivés en haut de leur échelle au 11e échelon, vont stagner quelques années avant d'être promus hors-classe. Sauf à vouloir devenir à leur tour IEN pour toucher le jackpot indiciaire + RIFSEEP, ils plafonneront rapidement sur le plan salarial, et à un moment, auront le sentiment, frustrés, de ne plus "grimper". L'avantage fourni par cet article est juste de gagner plus en peu plus vite, sans faire prendre conscience qu'à un moment, leur tête se heurtera au plafond et y restera bloquée, s'ils n'ont pas été en burn-out d'ici là.

 

Car la contrepartie de cet article, tu t'en doutes, c'est de faire preuve d'une parfaite abnégation envers la hiérarchie, d'avaler autant de couleuvres qu'on te le demandera, et d'accueillir avec le sourire toutes les tâches supplémentaires que l'IEN te délèguera, sans qu'il te soit possible de rechigner (sous peine de te voir privé de ces fameux 3 mois).

 

Une forme d'esclavagisme moderne qui ne coûte pas grand chose à l'Education nationale: au contraire, ça lui rapporte beaucoup de payer un peu plus des gens qui bossent 2 à 3 fois plus que les autres, dans un Ministère qui n'a prévu que 77 médecins du travail pour 884.000 enseignants.

 

Pour le job, on se base toujours sur la circulaire n°2014-163 du 01.12.2014... déjà 11 ans, comme le temps passe vite ! Et nous avons une pensée émue pour les directeurs et directrices d'école qui ont dû assumer la période du Covid19 en travaillant comme quatre, payés comme 1,1 prof !

 

L'éducation nationale a trouvé ses esclaves consentants: 43.000, dont 60% à 82% de femmes selon que la fonction de directeur comprend une décharge totale d'enseignement (60% de femmes) ou conjugue enseignement et direction (82% de femmes).

 

Les anciens directeurs et directrices d'écoles le disent: "je ne conseillerai à personne de faire ça".

 

Tu es prévenu(e): si tu acceptes un jour pareille fonction, c'est que ta santé en pâtira très vite, et que tu le paieras en années de vie en moins. On en vient même à se demander si tout n'a pas été calculé ainsi avec ce départ minimum à 64 ans sous prétexte d'allongement d'espérance de vie. User le plus possible les professeurs des écoles pour qu'ils coûtent le moins cher possible une fois retraités, s'ils l'atteignent un jour. 

 

En effet, plus de 65% subissent la souffrance des Troubles Musculosquelettiques à partir de 50 ans, alors que l'Education nationale n'a rien prévu pour alléger leur charge d'enseignement et leur charge de travail tout court. Autrefois, avant 2003, les professeurs des écoles partaient en retraite à 55 ans.

 

La génération actuelle doit bosser 10 ans de plus, et celle qui s'est fait avoir avec le Master2 devra bosser 15 ans de plus. Tout ça pour gagner à peine 2 SMIC bruts/mois en fin de carrière. Ah, il a bon dos, le "plus beau métier du monde"... phrase qui arrange bien tous ces politiciens en panne de main d'oeuvre corvéable à merci.

 

14.12.2025 sur Le Parisien: "Paris: un directeur d'école agressé par me grand frère d'un élève puni".

 

11.12.2025 sur France3: un directeur d'école menacé, et des enseignants qui en ont assez de devoir gérer eux-mêmes les agressions physiques et verbales sont ils sont victimes au quotidien

 

04.12.2025 sur TF1 Info: une mère d'élève frappe plusieurs personnes dont le directeur d'une école à Nice

 

21.11.2025 sur Le Point: A Rennes, des menaces de mort contre le directeur d'une école maternelle...

 

19.11.2025: une directrice d'école insultée, menacée de mort et frappée par des parents d'élèves, dans l'Hérault...

 

21.09.2025 sur BFM Education: "je ne conseillerai à personne de faire ça"

 

28.09.2025: au Canada aussi, on est bien d'accord: "c'est un des jobs les plus difficiles"

 

04.09.2025 sur BFM: "la hiérarchie n'a pas compris sa souffrance"...

 

21.07.2025 sur le Midi Libre: elle a aimé son métier mais est soulagée de l'avoir enfin quitté.

 

21.05.2025 : la Cour des Comptes préconise beaucoup de choses, mais les politiciens réagissent lentement...

 

11.03.2025 via Fr3 : "je vais te violer et t'arracher la tête": cette directrice d'école a cru vivre son dernier jour, dans son école nommée Samuel PATY...

 

24.10.2024 sur La Révolution Permanente: "suicide d'une enseignante dans la Drôme". Professeur des écoles en CP, et mère de 3 enfants.

 

05.04.2024 sur le Café Pédagogique: "Direction d'école: pourquoi le ministre peine à recruter ?" (c'est pour ça que les IEN sont obligés de forcer la main et de trouver des "volontaires").

 

13.01.2022: "accablées de paperasse, méprisés par leur ministre, négligées par les mairies: le quotidien des directrices d'école"

 

09.10.2019 sur DNA: alerte sociale sur la souffrance au travail des directeurs d'école

 

03.10.2019 sur France Info: "Pourquoi le statut de directeur d'école est source de mal-être"

 

26.09.2019: suicide d'une directrice d'école sur son lieu de travail: Christine RENON

 

26.09.2018 sur 20 Minutes: "A force de jongler, on fait mal notre boulot": les directeurs d'école n'en peuvent plus.

 

Et coetera (et jusqu'à quand ?)

 


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