L'éducation nationale fonctionne comme une dictature planquée dans une démocratie
Elle est pilotée d'une main de fer par des bataillons restreints de hauts fonctionnaires issus de l'ENA, des IRA, de l'Université (Recteurs), et des corps d'Inspection Générale devenant Administrateurs de l'Etat, nommés aux plus hauts fonctions.
Même une fois retraités, ils continuent de servir jusqu'au delà de leurs 80 ans pour certains (ce qui arrondit grassement leur pension de retraite) pour entretenir le fonctionnement d'un système qui sert plus leurs propres intérêts (salaires, primes, médailles, etc) que ceux de la masse pilotée.
A chaque nouveau Ministre (et ils ont été nombreux ces dernières années à s'y succéder), ils grimpent: être nommé conseiller du Ministre permet à un IEN ou un IA-IPR d'entrer à l'Inspection Générale comme Chargé de Mission ensuite ou d'être nommé DASEN par la suite. Ils s'obtiennent entre eux des Palmes Académiques, des Médailles du Mérite, des Légions d'Honneur, quoi qu'ils fassent. Ceux d'entre eux coupables de harcèlement moral envers leurs subordonnés sont promus ailleurs, cela n'entrave en rien leur carrière.
Tout ce beau monde se serre les coudes, étouffe les affaires qui les dérangent, et notamment, cette souffrance au travail qui monte du terrain, de tous les coins de France.
Malgré une GRH de proximité initiée par Jean-Michel BLANQUER en septembre 2019 qui coûte très cher (plus de 400 recrutements de CMC et d'ajouts de missions RH à des IEN, des IA-IPR et des Chefs d'établissements qui y font leur "seconde carrière" à défaut d'en créer pour les enseignants), l'éducation nationale est le règne de l'omerta du "pas de vagues", les victimes étant cantonnées dans la peur de témoigner, la peur des représailles sur leur carrière.
Ils sont plus de 200.000 professeurs en 2025 à échanger en privé sur leur souffrance au travail dans les groupes privés sur Facebook. Et ça fait peur: 25% des enseignants, et ce nombre ne cesse de grimper. la France souffre de l'intransigeance d'un système qui prend les professeurs et tous ses agents de catégorie C et B pour des serfs, et leur fait subir mille et un tourments psychologiques en toute impunité.
L'association HELPEN, née fin juillet 2024 a bien décidé de jeter un pavé dans ce gouffre pour en montrer les contours, les recoins, les bas-fonds, et ça commence à éclabousser ce système, qui ne cesse de déplorer son manque d'attractivité, alors qu'il en connaît parfaitement les raisons : le mode de management des hauts fonctionnaires de l'Education nationale s'est fortement durci depuis le début des années 2000 (à partir du Ministre Claude ALLEGRE et de sa secrétaire d'Etat Ségolène ROYAL), profitant à tout un courant d'IEN, d'IA-IPR, d'IGEN, d'IGAENR, de DASEN, de Recteurs, qui ont surfé sur cette vague d'autoritarisme pour accroître leur emprise, leur puissance et s'échanger les beaux postes comme chaises musicales.
Alors le système fait eau de toutes parts: les professeurs qui souffrent au travail cherchent à se barrer d'un ministère qui ne sait pas les protéger d'un certain nombre de hauts fonctionnaires toxiques à l'intérieur, ni des agressions des parents d'élèves, des élèves et d'inconnus de l'extérieur, par des phénomènes de rumeurs amplifiées par les réseaux sociaux.
Et ce système de recruter par job dating des adultes qui n'ont plus le niveau de leurs prédécesseurs, puisant jusqu'au fond des listes complémentaires des CAPES et des CAPE... pour trouver toujours et encore des candidats, sans changer le mode de management.
Tout est bon pour quitter son métier:
- Congés de maladie (CMO, CLM, CLD) : plus de 8.000 professeurs sont actuellement en CLM et CLD, et ça ne fait qu'augmenter. Ce qui pourrait expliquer la volonté du Gouvernement d'imposer aux médecins de limiter tout premier congé maladie à 2 semaines maximum.
- Occupations thérapeutiques pour exercer un mi-temps payé plein temps ailleurs que devant des élèves: plusieurs milliers par an.
- Postes adaptés : plus de 4.000 en bénéficient en courte durée (PACD) et longue durée (PALD), affectés pour 1.200 d'entre eux au CNED, et le reste dans les services administratifs des académies et dans des EPLE comme aide documentaliste ou comme aide gestionnaire de scolarité.
- Mises à disposition : laissé au bon vouloir des rectorats qui bricolent des postes, on peut les estimer à plus d'un millier.
- Détachements : plus de 12.000 comme enseignants à l'étranger (MAE, AEFE) et plus de 3.400 dans des établissements publics administratifs et des associations dites complémentaires de l'Etat, et aussi la Mutuelle MGEN (environ 300 détachés). Mais le budget 2026 a déjà prévu d'en amputer 150, dont 111 dans le réseau CANOPE. Si l'Education nationale supprime ces possibilités de travailler en pédagogie pour les professeurs ailleurs que devant des classes, elle prend le risque que les démissions des professeurs augmentent.
- Disponibilités de droit pour suivi de conjoint et pour élever un enfant de moins de 12 ans (plus de 10.000 enseignants en année N) et pour convenances personnelles (plus de 4.000 en année N).
- Démission avec ou sans indemnité (la Rupture Conventionnelle sera-t-elle prolongée après son expérimentation de 2020 à 2025 ?) avec plus de 3.000 départs par an.
En tout, environ 50.000 professeurs qui ont réussi à trouver un moyen de s'échapper. Et chaque année ce sont 22% des démissions provenant des nouveaux enseignants qui se barrent dès leur année de stage, et le système des hauts fonctionnaires qui voudrait redonner de l'attractivité au métier, mais sans rien changer de ses prérogatives, de sa manière de manager.
Mais tout haut fonctionnaire de ce système s'exclamerait "50.000 ? Mais ça ne fait que 5,6% de la masse... ce n'est rien". Cela, nous l'avions déjà entendu d'un haut fonctionnaire travaillant au Secrétariat Général de l'Education nationale en 2014.
Voilà où est le problème majeur: ces hauts fonctionnaires gèrent des masses, dans un ministère gigantesque, au budget colossal, qu'aucun pays d'Europe ne nous envie. C'est l'un des derniers Mammouths administratifs encore en vie dans le Monde après l'armée Rouge. La gestion des émotions des individus, ce n'est pas leur truc. Pour eux, "un fonctionnaire doit fonctionner". Quoi qu'il subisse de sa hiérarchie.
Le 28 novembre, l'association HELPEN a été interviewée sur RMC TV par Bérengère BOCQUILLON et son équipe de journalistes :
L'action portée par Guillaume DELABY, Président de HELPEN, et toute son équipe et ses partenaires, interpelle tout enseignant, tout agent de l'éducation nationale en poste, et tout candidat à ce métier.
Comment, en 2025, un(e) salarié(e), un(e) étudiant(e), peut-il avoir envie d'exercer un métier passionnant, répété, martelé comme "le plus haut du monde", dans un système qui cache la souffrance au travail autant qu'il peut, continue de nommer médiateurs académiques des IEN, IA-IPR et Chefs d'établissement en fin de carrière qui protègeront leurs collègues (même les harceleurs) ?
Comment, en 2025, la France peut-elle s'enorgueillir de cette administration gigantesque alors que ses voisins ont adopté depuis belle lurette un système fédéral, avec pour la Suisse des recrutements par Cantons via une habilitation par une commission (CDIP), pour l'Allemagne des recrutements par Länder, pour la Belgique des recrutements par Provinces ?
La France continue de s'encombrer d'un ministère tentaculaire, trop cher, qui ne profite qu'à ceux qui le dirigent, et sont plus puissants que le Premier Ministre ou que le Président de la République qui ne sont que de passage.
En passant à un système de gestion académique, en redéployant les administrations centrales vers ces académies, en supprimant partout les doublons (et ils sont nombreux), il serait possible de réduire les effectifs administratifs de plus de 25% d'une part. Et d'autre part, pour redonner confiance dans le métier d'enseignant, pour attirer les nouvelles générations, il faut transformer le métier d'inspecteur. Comme le dit Jean-Louis BORLOO, ancien Premier Ministre, la France est devenue un pays de contrôleurs, d'inspecteurs. Elle étouffe sous ses rigidités, qui la font décliner économiquement face aux autres grandes puissances.

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