Le harcèlement moral est difficile à prouver. Certains en profitent, et font des victimes.


Un supérieur hiérarchique exigeant est rapidement assimilé à un harceleur par la personne qui doit lui obéir, selon la manière dont il exerce son autorité.

 

L’enseignant est par nature autonome, maître dans sa classe, indépendant, et se sent libre de toute entrave. Il ne considère pas le chef d’établissement comme son supérieur hiérarchique, et l’inspecteur n’est que son évaluateur ponctuel, éloigné.

 

De cette situation proviennent de nombreux malentendus.

 

Toute relation hiérarchique qui exige de l’enseignant un comportement ou un travail qu’il fournit imparfaitement est très mal perçue, car l’enseignant accepte difficilement une relation d’autorité, puisque, de par son métier, l’autorité en classe, c’est lui. Les enseignants sont parfois exposés à des chefs d’établissements qui manquent de pédagogie dans leurs relations humaines, 60% environ dans ce cas d’après tous les témoignages qui sont parvenus depuis 14 ans à Aide aux Profs.

 

Les collègues, aussi, peuvent devenir des harceleurs. Jalousies, mesquineries, rumeurs, médisances, ne sont pas absentes des salles des professeurs. C'est un problème rencontré plus souvent dans les écoles du 1er degré et au collège que dans les lycées aux équipes pédagogiques tellement nombreuses, que c'est dans ce cas plutôt la solitude qui pose problème à ceux qui n'arrivent pas à se lier avec les autres.

 

Où commence le harcèlement ? Comment s’exerce-t-il ? L’évaluation en sera différente selon la personnalité de chacunce qui en rend l’identification malaisée. Cela peut expliquer que l’administration éprouve des difficultés à aborder cette problématique, et préfère dans la très grande majorité des cas « couvrir » le supérieur hiérarchique mis en cause par les enseignants qui « osent » s’en plaindre, ou rester en-dehors des histoires entre professeurs. 

 

Les enseignants, dès leur entrée dans le métier, espèrent être reconnus pour leurs compétences, et cela arrive rarement. Leur enthousiasme au travail est lié à la régularité de leurs inspections. Ils se plaignent souvent des exigences de leur IEN ou de leur IA-IPR, et des remontrances de leur chef d’établissement.



Professeurs hypersensibles ou boucs-émissaires de harceleurs impunis ?


Tous les témoignages que nous diffusons sont strictement anonymés, les prénoms changés. Ils proviennent des formulaires de contact que plus de 16.600 professeurs ont complété en nous contactant, et que nous avons ensuite conseillés bénévolement. Dans le cadre de témoignages relatifs à la santé, que nous ont confié les personnes sans que nous l'ayons demandé, nous avons renforcé cette anonymisation pour conserver la nature de leur souffrance au travail.


Muriel, 27 ans, Professeur des Écoles depuis 4 ans à plein temps, ressentait une accumulation de contrariétés en nous contactant. Nous avons eu le sentiment que l'accompagner dans sa reconversion, c'était lui sauver la vie:

 

"Ma carrière comprend 1 an en SEGPA (de la 6e à la 3e), et 3 ans comme Brigade (de la Petite Section au CM2), sur tout mon département.

 

Voilà mes motivations à quitter l’EN :

1) Des débuts difficiles dans l’EN qui persistent :

• Attribution de mon 1er poste plus d’un mois après la rentrée.

Refus à plusieurs reprises de payer des heures supplémentaires effectuées.

 

2) Des conditions de travail qui se dégradent :

Classes difficiles, élèves non motivés, irrespectueux.

• Pas de retour positif des passages effectués dans les classes.

Peu ou pas de soutien de la part des équipes et de la hiérarchie.

Harcèlement, diffamation de la part de collègues, de supérieurs ou de parents, insultes de la part de certains

élèves.

• Intrusions trop importantes, mépris et manque de respect par certains parents ou élèves quant au travail et à la gestion de classe.

Propos désobligeants tenus par la hiérarchie quant à notre flexibilité (« taillables et corvéables à merci »).

 

3) Peu de perspectives d’obtenir un poste « correct » (respectant critères géographiques, pédagogiques) et faible évolution possible.

 

4) Difficulté d’envisager un retour sur un poste classique (plus de travail et salaire moindre).

 

5) Sentiment de ne pas être à sa place et difficultés à adhérer aux évolutions imposées à travers les réformes. (Perte de sens de notre mission, surcroît de tâches administratives et multiplications des évaluations des élèves)."


William, 55 ans, est agrégé de SVT depuis 30 ans. Malgré son ancienneté et son expérience, il ne supportait pas d’être désavoué dans ses compétences par son inspecteur :

 

"Totalement saturé par ce métier pour lequel j’ai beaucoup donné, le déclic a été ma dernière inspection par une personne ayant pour seul but d’imposer une «nouvelle pédagogie» sans jamais tenir compte ni respecter l’expérience professionnelle acquise par 30 années de carrière, et alors que j’ai toujours

obtenu une bonne évaluation par ses prédécesseurs. Mon but est de retrouver une motivation dans une activité qui me convient, mais laquelle ??

 

Que sait-on faire d’autre quand on est prof ??"


Geneviève, (…) ans, agrégée de (…) et enseignante en Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles (CPGE) depuis 10 ans, a été découragée par une inspection :

 

"Dans l’absolu, j’aime enseigner, mais je suis lassée de mon public. Je crois que le rapport au groupe «classe» m’est devenu insupportable, notamment à cause du trop grand nombre d’élèves, des trop nombreux problèmes et du manque de moyens pour les résoudre. J’envisage aussi bien d’enseigner à un autre public que de me reconvertir dans un domaine différent de l’enseignement. La CPGE représente trop de pression pour moi. J’ai eu une inspection dans ce sens qui m’a découragée."


Solène, 38 ans, PLP de (…) depuis (…) ans, enseignait depuis 15 ans, et se sentait découragée par les remarques de son inspectrice, et le contexte anxiogène de son lieu de travail :

 

"J’ai commencé ma carrière en faisant des remplacements dans ma région d’affectation, qui comprend huit départements. Pendant près d’une décennie avant d’obtenir mon concours, j’ai effectué des suppléances dans près de vingt établissements. Je n’ai pas l’impression d’être reconnue par l’éducation Nationale et ce, en réfléchissant bien, depuis le tout début de ma vie professionnelle dans l’enseignement. J’ai passé le CAPES au moins quatre fois sans succès tout en travaillant comme remplaçante et sans réelle motivation au fur et à mesure des échecs successifs. En France, en tant que «suppléante » ou « remplaçante », le salaire n’était pas si valorisant. Aujourd’hui, après avoir enseigné pendant près de quinze ans, il faut « taper des poings sur la table » pour finalement obtenir des dixièmes de points à la note administrative, je n’aborderai pas la note pédagogique. Me propose-t-on une réelle évolution de carrière ?

 

Les remarques faites par Madame l’Inspectrice lors de ma dernière inspection ne sont pas encourageantes. Les questions que je lui pose lors de sa visite pour une inspection restent sans réponse. Pour couronner le tout, l’entretien est plus qu’écourté puisque l’inspectrice m’annonce qu’elle est pressée !! J’ai la vive impression qu’elle est venue avec «une idée toute faite» sur ma séance, le dialogue ne s’instaure pas, reste à sens unique.

 

Je suis même sceptique par rapport à l’aspect neutre de la direction de mon école qui elle aussi, subit l’influence des bruits de couloirs, de la médisance ambiante et de la méchanceté gratuite, du manque de professionnalisme dans l’équipe des adjoints au directeur de mon établissement.

 

Dans mon lycée, en effet, la pression est difficile à supporter, le climat de travail entre collègues est tendu, malsain, toxique, énergivore. Les personnalités sont très contrastées, étonnantes, explosives. Les élèves sont difficiles et passifs. Ma vie professionnelle est devenue insupportable,

pénible à cause des dysfonctionnements de l’établissement dans lequel je me trouve."


Justine, 40 ans, agrégée de SVT, enseignante à plein temps depuis 15 ans, nous a écrit ce qu’elle a vécu :

 

"À la rentrée scolaire je me suis rendu compte quand j’ai reçu mon emploi du temps avec la composition de mes classes, que j’y avais les enfants de trois de mes collègues. Très vite, tous sont venus me voir, deux très gentiment pour me le dire simplement, et une pour m’indiquer qu’elle ne tolérerait pas que j’inflige de mauvaises notes à sa fille, si l’envie m’en prenait, puisqu’elle était professeur principale de la classe. J’ai ressenti tout de suite cette intrusion comme une agression psychologique qui pouvait s’avérer intenable. Pourtant, j’ai tenté de faire comme si de rien n’était, mais de mois en mois, mes relations avec ma collègue se dégradaient, car elle me mettait la pression tout le temps, et sa fille devenait de plus en plus insolente en classe, car elle ne pouvait ignorer le travail de sape que réalisait sa mère à mon encontre, certainement. Ma collègue épluchait tous mes cours, me demandait de me justifier sur ma pédagogie, en s’érigeant comme si elle était l’inspectrice de ma discipline d’enseignement, et j’ai eu beau lutter, sensibiliser d’autres collègues en salle des profs et même le principal du collège, aucun n’a bougé.

 

J’étais seule, seule, seule dans ce problème. Toute l’année, cette collègue m’a pourri la vie, ôté progressivement l’envie

d’enseigner, et j’ai terminé l’année démoralisée, épuisée, en souffrance psychologique d’avoir été maltraitée par cette

personne anxiogène qui me harcelait à chaque récréation, à chaque conseil de classe.

 

Comme elle était plus ancienne que moi dans l’établissement, donc inamovible dans son poste, j’ai très vite compris à mes dépens que je m’épuiserais à lutter contre elle. J’ai terminé l’année en congé de maladie, et à la rentrée suivante, j’avais complètement perdu pied, avec une envie de me suicider, et mon médecin m’a alors placé en congé de longue maladie, pour prendre le temps de me reconstruire. L’année d’après, j’ai demandé et obtenu ma mutation l’année suivante, mais j’ai su par d’anciens collègues qu’elle avait poursuivi ses agissements en toute impunité. L’Éducation Nationale n’a aucun moyen actuellement de protéger les enseignants contre ce genre de comportements dégradants, abusifs."


Emma, 42 ans, était Professeur de (…) depuis 10 ans en nous contactant, et se sentait harcelée moralement depuis 7 ans par son chef d’établissement :

 

"J’exerce depuis 10 ans dans un lycée dans l’académie de (…). Je subis depuis 7 ans un harcèlement au travail de la part du chef d’établissement qui rencontre des difficultés relationnelles graves avec d’autres personnels de son établissement.

 

En peu d’années, plusieurs proviseurs adjoints successifs ont dû quitter le lycée sous la pression de ce chef. Une enquête administrative commandée par le recteur a été réalisée, mais n’a apporté aucun soutien aux personnels victimes de ses agissements. On m’a juste proposé de me déplacer dans un autre établissement (en délégation rectorale). Je suis saturée par l’institution scolaire ! Le déplacement en lui-même ne m’intéresse pas. Je souhaite profiter de cette situation pour rebondir et non plus subir. Mais comment négocier mon départ. Et quand ?"


Christelle, 33 ans, Professeur des Écoles depuis 10 ans, regrettait le comportement absurde de l’administration, la raison principale de son envie de quitter son métier :

 

"Je sais aujourd’hui ce dont je ne veux plus :

 

- un métier qui me prend tout mon temps «libre», qui m’occupe l’esprit en permanence et m’empêche d’être véritablement présente pour les miens (ce sentiment est d’autant plus présent depuis les naissances successives de mes enfants);

 

- la non-reconnaissance de la hiérarchie, l’incompréhension dans laquelle on évolue et surtout l’absurdité dans laquelle l’administration nous place en permanence ainsi que le manque de crédibilité que cela engendre ;

 

- l’impression de travailler pour rien, de se battre contre des moulins à vents (on aide les élèves, on les fait progresser et

après plus rien, pas de moyens, pas de structures pour ceux qui en auraient besoin...)."


Michelle, 53 ans, certifiée d’Arts Plastiques, enseignante à temps

partiel, avec 25 ans d’ancienneté, nous racontait elle aussi son calvaire :

 

"Quand j’ai su que j’étais affectée dans cet établissement en centre-ville j’étais heureuse car cela mettait fin à 7 ans de postes en TZR, et je m’étais nettement rapprochée de chez moi, puisque je pouvais aller au lycée en bicyclette. Cependant, j’ai eu du mal à m’intégrer, très vite un malaise s’est instauré avec mes collègues.

 

J’entendais des bribes de conversation quand j’étais aux toilettes, en salle des profs, qui dénigraient ma personne, alors que ces mêmes personnes affichaient des sourires hypocrites quand elles me rencontraient. De plus, j’ai fini par apprendre de la bouche même de mes élèves que quelques-uns de mes collègues leur disaient du mal de mes cours, en dénigrant ma pédagogie, en me traitant de nulle devant eux. Ça, je ne l’ai pas supporté, et j’ai fini l’année en dépression, en arrêt maladie."


CES TEMOIGNAGES SONT UN ECHANTILLON, NON EXHAUSTIF

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