Les contacts parents/professeurs sont parfois source de tension(s)


Tous les enseignants sont confrontés aux parents d’élèves et à leurs exigences. Ces dernières décennies, la montée en puissance des familles monoparentales, avec  l’accroissement des divorces, a fait beaucoup de mal à l’École, car on rencontre souvent sur les deux parents divorcés un qui est plus laxiste que l’autre, et cela s’en ressent en classe dans la motivation, et le comportement de l’enfant.

 

Les parents sont aussi très exigeants car ils se projettent dans la réussite ou l’échec de leurs enfants, notamment pour ceux qui subissent eux-mêmes une précarité professionnelle : chômage de longue durée, Revenu Minimum d’Insertion (RMI), Revenu de Solidarité Active (RSA)… L’enseignant est souvent tenu pour responsable (d’après les ressentis de ceux qui témoignent) des mauvais résultats de l’enfant, même si celui-ci ne réalise pas toujours le temps de travail personnel que l’on attend de lui. On reprochera à l’enseignant de « manquer de pédagogie », « d’aller trop vite », de « donner trop de devoirs », de « noter trop sèchement », d’être « trop exigeant », etc.

 

Ces dernières années, le passage au cahier de texte numérique a multiplié les sources de tensions, puisque les enseignants doivent aussi répondre aux sollicitations par mail des parents, qui peuvent lire le soir au jour le jour ce que l’enseignant a inscrit comme leçon ou comme devoirs dans le cahier de textes numérique. Les contestations des parents d’élèves en sont rendues plus aisées, et, avec le développement de l’école du numérique, l’enseignant est de plus en plus contrôlable, « tracé » sur le web.

 

De plus, avec la pénétration du téléphone portable dans les écoles, collèges et lycées, les parents peuvent être informés à la minute près des problèmes survenus dans la classe de leur enfant. Avec le développement fulgurant de l’usage des smartphones, entre les mains d’un public très consommateur de nouvelles technologies, avec un appétit croissant pour les images et les films qu’ils permettent de réaliser, le métier d’enseignant se complique. Certains s’aperçoivent par hasard sur la Toile qu’ils ont été filmés, photographiés par leurs élèves, et n’ont plus qu’à porter plainte à la police pour diffamation, en déposant une main courante, car bien souvent les parents minimisent l’impact de tels comportements de la part de leurs enfants, et n’acceptent pas que l’enseignant confisque le téléphone portable, tellement cet outil fait partie de la vie intime de leur enfant. Avec le cyber-harcèlement et les innovations technologiques successives, le métier d’enseignant se complexifie.



Ces professeurs vivaient mal ce contact avec les parents. Ils n'y avaient pas été formés.


Tous les témoignages que nous diffusons sont strictement anonymés, les prénoms changés. Ils proviennent des formulaires de contact que plus de 16.600 professeurs ont complété en nous contactant, et que nous avons ensuite conseillés bénévolement. Dans le cadre de témoignages relatifs à la santé, que nous ont confié les personnes sans que nous l'ayons demandé, nous avons renforcé cette anonymisation pour conserver la nature de leur souffrance au travail.


Evelyne, 31 ans, enseignait l’Anglais à plein temps depuis 5 ans en collège, et ce regard critique croisé des élèves et des parents lui pesait :

 

"J’ai travaillé dans presque tous les niveaux possibles, et je retrouve toujours le même public et les mêmes problèmes. J’aimerais essayer avec des adultes, mais je me demande un peu si ce serait une perte de temps. À la base j’aime toujours préparer des cours, ce que je trouve très intéressant. Mais je n’aime pas la pratique de l’enseignement.

 

Je n’aime surtout pas l’image fausse que le public a de ce que je fais, les élèves pénibles et insolents, les parents qui pensent pouvoir mieux faire que moi, le temps que j’ai passé à faire des études de très haut niveau pour enseigner des choses de base, les problèmes avec certains collègues et principaux, ne jamais pouvoir travailler où je veux, devoir travailler chez moi le soir et le week-end, les réunions inutiles sans cesse ainsi que les évaluations supplémentaires (B2i, socle de compétences...)... etc.

 

Je ne trouve pas normal de toujours avoir les mêmes problèmes avec les élèves, les parents, les collègues et l’administration, et comme je pense que je pourrais être nettement plus épanouie, appréciée et moins stressée dans un autre métier, j’envisage d’arrêter d’ici 2 ou 3 ans."


Anne, professeur des écoles, 27 ans, 4 ans d’ancienneté, allait travailler "la boule au ventre" en nous contactant

 

Je ne supporte plus les enfants et le fait de devoirs être éducateur/policier sans arrêt dans la classe, de devoir me justifier de mes décisions auprès des parents.

J'aimerai si possible rester dans la fonction publique pour la sécurité de l'emploi.

Le fait de ramener du travail à la maison est pour moi facteur de stress constant car je pense toujours devoir en faire plus et donc je ne "coupe" jamais.

 

J'aimerai un travail sans responsabilité de la santé d'enfants (blessures cour de récréation, etc.), pouvoir faire mon travail sans avoir à me battre toute la journée. Avoir un emploi du temps où lorsque j'ai fini, ce soit vraiment fini. Si possible la sécurité de l'emploi donc rester fonctionnaire de l'Etat.

 

Dans 10 ans je m'imagine dans un travail qui me permet de vivre correctement (même si je suis seule), dont les horaires sont définies et ne "mordent" pas sur ma vie privée.

 

Un travail ou je peux travailler de façon autonome mais faire partie d'une équipe pour interagir.  Il me faudrait trouver le travail où je pourrais me sentir bien sans y aller avec la boule au ventre.

Donc trouver cette profession puis engager les démarches pour y accéder.

 

Je suis prête pour cela à repasser une formation ou un concours tant qu'il est possible de la faire en même temps que mon travail.

 


Maryam, Professeur des écoles, 28 ans et 3 ans d’ancienneté, en avait assez de la relation avec des parents d'élèves trop intrusifs

 

"Assez polyvalente, ayant un bon contact avec les enfants, je pensais aimer transmettre mon savoir je pensais pouvoir aider ceux qui étaient en échec. 

 

Je souhaite maintenant tout arrêter car c'est la désillusion je ne transmets rien et n'aide personne. Je passe mon temps à éduquer, à écouter des parents totalement perdus quand ce n'est pas être montrée du doigt par les chers travailleurs du privé qui nous prennent pour des moins que rien ou encore les parents qui nous jugent et anéantissent notre travail. 

 

Je souhaite retrouver une vie où le travail ne se poursuit plus à la maison sans avoir de reconnaissance à la fois humaine et financière. Changer de carrière est indispensable afin de retrouver une joie de vivre, mes journées se limitant à râler sur des enfants non motivés et à préparer des cours totalement inutiles.

 

Ce n'est pas mon salaire actuel de prof qui va me permettre de me payer des formations ou de placer de l'argent pour créer une entreprise. Quant au délai pour démissionner, le plus rapidement possible serait le mieux. J'espère déjà réussir à terminer l'année scolaire avec ma classe. Alors je ne m'imagine pas de nouveau en classe à la rentrée prochaine."


Barbara, professeur des écoles, 28 ans, 2 ans d’ancienneté, nous a contactés car elle estimait s'être trompée de métier

 

Je me suis dirigée vers le CRPE sans conviction, je l'ai obtenu et travaille dans l'EN depuis  2 ans. J'ai effectué une première année en maternelle plutôt correcte mais cette année avec une classe de cm2 entièrement à charge, je ne supporte plus les préparations, les heures seule à potasser et ce manque de considération des autres, la pression des parents, la hiérarchie qui ne répond pas à mes questions, cette grande solitude à l'école et ce stress qui me "pourrit" la santé.

 

Je n'arrive plus à donner assez à 25/30 élèves en demande toute la journée.

 

J'aimerais reprendre le métier qui me passionnait donc infirmière mais dans l'EN afin de garder ce contact avec les élèves Reprendre le rôle de "care" d'une infirmière et faire de la promotion de la santé vers les enfants/ adolescents.

 

Maintenant il faut que j’ose informer ma hiérarchie de mon intention et de mon souhait de changer de fonction tout en restant dans l'EN. Et surtout que celle-ci veuille bien m'écouter malgré le peu d'années d'ancienneté. J'aurais besoin d'idées, de formulation pour appuyer ma demande pour ne pas m'effondrer face à eux. Je me sens presque coupable de ressentir ce besoin de partir de ma fonction de PE mais pourtant cela ne me correspond pas...


CES TEMOIGNAGES SONT UN ECHANTILLON, NON EXHAUSTIF

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