Les inspecteurs de l'éducation nationale (IEN) du 1er degré sont d'anciens professeurs des écoles. Les inspecteurs d'académie (IA-IPR) du 2nd degré sont d'anciens professeurs agrégés (les certifiés n'ont pas le droit de passer ce concours interne, encore une anomalie du système, car certains très expérimentés sont aussi compétents que des agrégés), et les inspecteurs généraux (IGEN) des différentes disciplines, sont majoritairement d'anciens professeurs. Leur métier, c'est d'écouter, d'observer, de juger, d'évaluer, de critiquer, et de n'être que très rarement satisfaits.
Pour un professeur, c'est décourageant. Toute sa vie, selon l'humeur ou le dada de tel ou tel inspecteur, la tonalité de l'inspection peut changer. Un bon professeur peut tomber en disgrâce au contact d'un nouvel inspecteur qui le prendra en grippe en contestant ses méthodes de travail.
Ces IEN, IA-IPR, IGEN incarnent le pouvoir du système. Tous ont été formés pour savoir se faire obéir. Certains sont de bons managers, pédagogiques, à l'écoute, accordant le droit à l'erreur aux professeurs. D'autres sont irascibles, s'énervant et gueulant sur le professeur pour lui imposer leur autorité brutale, n'hésitant pas à les menacer de représailles, de leur annoncer une mauvaise note, de leurs faire des commentaires humiliants... l'association HELPEN enregistre régulièrement des témoignages de professeurs ayant subi ce type de violences psychologiques.
Et rien ne vient incriminer ces inspecteurs quoi qu'ils fassent.L'Institution qui les a nommés les désavoue rarement. C'est extrêmement rare qu'un IEN, un IA-IPR, un IGEN soit "lâché" par son DASEN, son Recteur. Certains installent de véritables baronnies dans leur circonscription, leur département, leur académie.
Certains aiment se faire craindre, dans leur mentalité de "cheffaillons", écrasés de travail par leur hiérarchie sur-exigeante. Ils reporteront leur stress sur leurs subordonnés, qu'il s'agisse de leurs quelques secrétaires et agents administratifs ou de leurs centaines de professeurs à inspecter.
Le métier de professeur est très déstabilisant: tout comme chaque nouvelle classe peut remettre en question l'autorité et donc l'expérience du professeur, chaque nouvel inspecteur peut venir décourager, destabiliser, démotiver, ou encourager, remotiver les centaines de professeurs dont il a la responsabilité.
L'Institution leur fait totalement confiance, elle se repose sur leur loyauté. Le principe de loyauté, c'est pour les inspecteurs de faire exactement ce qu'on leur demande: que les professeurs enseignent bien, que soient sanctionnés ceux qui n'ont pas ou mal compris leur métier, ou ceux qui ne travaillent pas assez la conception de leurs cours, ou ne savent pas se faire obéir en classe.
Et la loyauté de l'Institution, en retour, c'est de faire confiance à ses bataillons d'inspecteurs, en fermant les yeux et en se bouchant les oreilles sur les échos du terrain qui lui parviennent de certains inspecteurs au comportement sinistre, toxique, anxiogène pour les professeurs.
C'est impossible d'en chiffrer le %, mais il n'est pas négligeable si l'on considère le nombre de témoignages qui nous sont parvenus depuis 20 ans, et le nombre de réclamations que les professeurs envoient chaque année vers les médiateurs académiques.
Curiosité de ce système qui se protège de l'intérieur: les médiateurs académiques sont tous d'anciens IEN, IA-IPR, et d'anciens Chefs d'établissement... qui couvriront donc les écarts de ceux de leurs collègues qui auront excédé leurs pouvoirs. Protection collective de castes oblige.
Etudiant(e) ou salarié(e), si tu n'aimes pas l'autorité brutale, les comportements toxiques, ne devient pas professeur en France. Tant que les inspecteurs ne sont pas renommés "accompagnateurs" ou "conseillers bienveillants" et que leur hiérarchie ne leur commande pas à tous, sous peine de sanctions individuelles, d'être à l'écoute, empathiques, aimables, RIEN ne pourra changer.
La seule consolation des professeurs est que, depuis la réforme des PPCR de 2016, ceux qui ont dépassé leur échelon 10 ne sont plus inspectables. Et c'est un SOULAGEMENT ENORME.
Car rien de pire qu'être inspecté après 25 à 30 années d'enseignement par une personne qui fait comme si toutes les bonnes inspections de votre carrière n'avaient jamais existé !

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