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Supprimer le CAPES et recruter des professeurs contractuels ?


Emmanuel MACRON président sortant et quasi candidat à sa réélection, veut donner un coup de pied dans la fourmilière et transformer radicalement une administration réputée lente et coûteuse, d'après un article paru ce 15.02.2022 sur France Info.

 

Pourquoi voudrait-il supprimer le CAPES, et pourquoi pas les autres concours ?

 

Il y avait en France 334.219 professeurs dans le 1er degré et 392.536  professeurs dans le 2nd degré au service de l'Etat en 2020-2021.

 

Parmi ceux du 2nd degré, enseignants en collège, lycée et Classes préparatoires aux grandes écoles, dont :

- 52.059 agrégés (13,2%)

- 241.646 certifiés (61,5%)

- 53.518 Professeurs de Lycée Professionnel (13,6%)

- 35.215 Professeurs contractuels (9%)

- 916 autres corps (0,2%)

 

Pour un total de 726.755 professeurs dans l'enseignement public.

 

Et dans l'enseignement privé (sous contrat avec l'Etat) ?

 

Il y avait en France 45.475 professeurs dans la 1er degré et 97.043 professeurs dans le 2nd degré, tous maîtres contractuels. Ceux ayant obtenu un concours ont un CDI, les autres un CDD.

 

Parmi les professeurs du 2nd degré dont :

- 4.098 agrégés (4,2%)

- 60.869 certifiés (62,7%)

- 10.953 Professeurs de Lycée Professionnel (11,3%)

- 1.150 d'autres corps (1,2%)

- 19.462 professeurs non titulaires (20%)

 

Les professeurs Certifiés constituent donc la "variable d'ajustement" la plus importante du 2nd degré Public ou Privé.

 

Plutôt que de supprimer des nouveaux recrutements les Certifiés, il vaudrait mieux introduire plus de flexibilité dans les entrées/sorties, en supprimant les nécessités de service pour tous les titulaires actuels, et en les autorisant à donner un préavis de 3 mois à leur académie, sans que leur hiérarchie ait la possibilité de refuser.

 

C'est à l'administration de s'adapter et de changer son mode de management et de GRH si elle veut continuer de rendre le métier de professeur attractif. AIDE AUX PROFS estime que l'Education nationale pourrait recruter 50% de professeurs par concours en conservant les grades actuels, et 50% de professeurs contractuels.

 

A chacun de choisir le statut qui lui convient le mieux, en étant suffisamment bien informé de ses contraintes et de ses avantages dès le départ. Ce n'est pas assez clair pour ceux qui tentent les concours.

 

La sélectivité des concours reviendrait, le statut de fonctionnaire constituerait pour certains une promotion à atteindre, et leur rémunération serait bien plus élevée, sans possibilité de cumuls d'emplois, du coup. Les professeurs contractuels, eux, pouvant cumuler plusieurs activités et repartir quand ils le souhaitent. 

 

Comment peut-on exercer le métier de professeur en France en 2022 ?

1. Comme professeur particulier pour faire du soutien scolaire individuel. 

 

LIBERTE D'ACTION: Totale, autonomie garantie.

 

REVENU BRUT: Variable selon la discipline enseignée et le département d'exercice. De plus en plus en professeurs particuliers exercent à distance via des sites comme Superprof, certains en autoentrepreneurs constituent eux-mêmes leur clientèle. Si en Mathématiques et Physique ou Chimie à partir de la Terminale et des classes préparatoires les tarifs sont de 30,00€ à 50,00€/h, les tarifs de 9,00€ à 30,00€ sont plus fréquents pour les autres disciplines, moins demandées. Les langues ont la cote car beaucoup de salariés aux moyens suffisants veulent reprendre l'étude d'une langue étrangère. Avec le développement du télétravail, et du soutien scolaire à distance, il est aisé pour tout professeur de travailler de n'importe où, dès que sa connexion internet le permet.

 

PRIMES: Aucune.

 

FLEXIBILITE: Totale, puisque le professeur indépendant peut cumuler autant d'emplois qu'il le souhaite en free-lance, exercer dans d'autres domaines que professeur (comme la Rédaction Web SEO qui permet de mieux gagner sa vie que professeur certifié ou professeur des écoles en début de carrière et jusqu'à ses 20 ans d'ancienneté !)

 

MUTATIONS: Aucune, ce professeur n'est pas obligé de quitter sa ville natale pour devenir précaire en région parisienne comme ceux qui ont obtenu les concours du public.

 

SECURITE DE L'EMPLOI: Aucune, ce professeur doit sans cesse se mettre en quête de nouveaux clients, mais avec l'habitude et sa notoriété, c'est facile pour lui/elle.

 

EVOLUTION DE CARRIERE: Ce professeur évolue comme bon lui semble, exerce tous les métiers qu'il veut dans ses domaines de compétences. Il est tellement habitué à chercher de nouveaux clients, qu'il n'a aucun mal à convaincre un recruteur de l'employer. 

 

LOI DUSSOPT: Elle ne le concerne pas (tant mieux pour lui/elle, car le cadre créé est encore plus rigide que le précédent).

 

2. Comme professeur contractuel non titulaire

 

LIBERTE D'ACTION: Ce professeur peut rompre son contrat à tout moment de l'année scolaire, ce qui demeure impossible pour le titulaire d'un concours qui s'en voit systématiquement empêché par son administration. Ce professeur peut donc accepter à tout moment un emploi plus intéressant, continuer de prospecter dans tout domaine qui l'intéresse. Il peut décider de devenir professeur en transition professionnelle entre deux autres emplois. L'Education nationale est en telle pénurie de professeurs, qu'il aura toutes les chances de trouver un contrat à temps partiel ou à plein temps s'il est demandeur d'emploi.

 

REVENU BRUT: Ce professeur peut négocier son salaire brut dans la fourchette des indices mini/maxi de l'échelle des professeurs certifiés ou Crpe (390 à 821). Il lui suffit de produire ses derniers bulletins de salaire, et de mener une négociation avec le Directeur des Affaires Financières (DAF) ou le Directeur des Ressources Humaines (DRH) de l'académie qui l'intéresse. S'ils veulent vraiment ce professeur, il faudra qu'ils acceptent ses conditions. Les pays d'Union européenne vont connaître une telle pénurie de professeurs, que le plus offrant sera celui qui attire les meilleurs professeurs. La compétence linguistique devient indispensable pour ceux-là (Anglais et/ou Allemand).

 

PRIMES: Elles ont liées aux Heures supplémentaires années (HSA) et Heures supplémentaires d'enseignement (ponctuelles, HSE) qu'il accepte de réaliser, à un taux inférieur à celles des titulaires. Il peut aussi décider de s'investir dans des dispositifs de HSE comme "devoirs faits" pour donner des heures de soutien scolaire sur l'heure du midi ou du soir dans l'établissement scolaire où il a été recruté.

 

FLEXIBILITE: Totale. Ce professeur accepte tout travail en free-lance, CDD ou CDI à tout moment de l'année qui lui paraît plus intéressant que son poste en école, collège ou lycée. Il choisit là où il a envie d'enseigner. L'administration ne pourra pas l'empêcher de partir comme elle le fait systématiquement pour les titulaires par une "nécessité de service". Ce professeur peut donc 12 mois sur 12 prospecter et être recruté ailleurs s'il est bien décidé à partir. S'il se retrouve sans emploi, il peut toucher des allocations chômage, alors que le fonctionnaire n'y a pas droit, même s'il est en disponibilité ! Il bénéficie des petites vacances payées dans l'année, mais ses congés d'été sont payés par Pôle Emploi en fait.

 

MUTATIONS: Aucune. Ce professeur va d'un contrat à un autre dans le département où il a choisi d'enseigner. C'est sa grande chance, sa grande force: il ne subit pas la contrainte d'une mutation qui l'affecterait comme 75% des lauréats des concours d'enseignement du public, dans les académies les plus chères de France: Versailles, Créteil, Paris. Les professeurs titulaires qui y débutent leur carrière y sont des travailleurs pauvres si l'on considère le Master2 que l'Education nationale les a obligés à décrocher. Le professeur contractuel aura des contrats courts (2 à 4 semaines) ou longs (jusqu'à 10 mois) et ira s'inscrire en fin d'année scolaire à Pôle Emploi pour toucher le chômage en Juillet-Août avant de proposer de nouveau sa candidature s'il le souhaite à la rentrée suivante. Les syndicats demandent souvent la titularisation sans concours des professeurs contractuels expérimentés.

 

SECURITE DE L'EMPLOI: Elle est toute relative, puisqu'il peut renouveler son contrat en fonction des besoins de l'académie dans laquelle il a choisi d'enseigner. Sa grande force est qu'il peut se permettre de refuser une affectation, contrairement au titulaire d'un concours qui est obligé d'accepter, sous peine de subir des sanctions disciplinaires pour "abandon de poste". Le professeur contractuel peut décider rapidement de s'extraire d'une situation qui le fait souffrir, s'il découvre qu'on lui a menti sur les conditions de travail. Le titulaire, lui, se mettra en arrêt maladie, puisqu'il sait qu'il possède la sécurité de l'emploi.

 

EVOLUTION DE CARRIERE: Il négocie son salaire comme bon lui semble dans les indices permis (cf ci-dessus). La Belgique, le Luxembourg la Suisse, l'Allemagne, qui paient 2 à 3,5 fois mieux leurs professeurs, vont manquer comme la France de bons professeurs sur les 15 à 30 ans qui viennent du fait du papy boom. Les conditions de travail y sont meilleures, et même si le nombre de séances est par exemple supérieur en Allemagne, elles ne durent que 45 mn, ce qui rend le métier moins difficile.

 

LOI DUSSOPT: Cette loi lui permet d'obtenir des contrats de durée variable, 2 à 6 ans, éventuellement renouvelables. Il peut décider de rompre son contrat avec un préavis d'un mois, puisqu'il ne subit pas comme le titulaire la contrainte du statut de fonctionnaire, et la nécessité de service. Il peut donc aisément répondre à une autre offre d'emploi qui lui paraît plus intéressante financièrement, ou en qualité de vie au travail.

 

3. Professeur par concours de l'enseignement privé sous contrat

 

LIBERTE D'ACTION: Ce professeur est coincé par son statut, mais bien moins que ne l'est le fonctionnaire. L'administration peut lui opposer un refus pour sa demande de temps partiel (fréquent), même si c'est pour réaliser un cumul avec une activité qui ne devra pas excéder 6h/semaine (!). L'administration peut lui refuser pour nécessité de service sa demande de disponibilité pour convenances personnelles, sa demande de congé de formation professionnel (les temps d'attente étant de 5 à 14 ans selon les académies !). L'administration peut lui refuser sa demande de démission, et sa demande d'indemnité pour rupture conventionnelle. Ce professeur n'est pas libre de sa mobilité. Il choisit la sécurité de l'emploi qui a pour contrepartie le carcan.

 

REVENU BRUT: Ce professeur est coincé par l'échelle indiciaire du grade qu'il a obtenu par son concours. Cette échelle indiciaire avance lentement, si bien qu'au bout de 20 ans d'ancienneté, ce professeur gagne péniblement 2.200,00 € bruts/mois au niveau indiciaire, ce qui est clairement insuffisant dans de nombreuses métropoles et pour accéder à la propriété. Les charges pesant sur le salaire dans l'enseignement privé sous contrat sont de 28% contre 21% pour les professeurs du Public.

 

PRIMES: Elles seront liées aux Heures supplémentaires années (HSA) et Heures supplémentaires d'Enseignement (HSE) qui lui seront attribuées. Il peut essayer d'intervenir pour "devoirs faits" pour gagner tout au plus quelques centaines d'euros en plus par an. Les professeurs qui ont moins de 20 ans d'ancienneté réalisent souvent des HSA et des HSE et multiplient les heures de soutien scolaire en parallèle pour arriver à mieux vivre.

 

FLEXIBILITE: Ce professeur est coincé par son statut d'assimilé fonctionnaire. Il n'est pas fonctionnaire, n'aura pas la pension civile de fonctionnaire (il cotise au régime général), et ne bénéficie pas des mêmes avantages que les fonctionnaires (il n'a pas la possibilité d'évoluer en interne en étant recruté en détachement par exemple pour une association ou un Etablissement Public Administratif). Ce professeur subira comme le fonctionnaire la nécessité de service, cet outil de Gestion des Ressources Humaines systématique de son administration pour contenir sa masse salariale. Ses seules possibilités de départ, si son administration accepte de le/la laisser partir, sera au 1er septembre d'une nouvelle année scolaire. 1 jour sur 365 seulement.

 

MUTATIONS: Ce professeur obtient difficilement une mutation. Il lui faut passer par les "centrales catholiques", puisque la majorité des établissements du privé du contrat sont de confession catholique, pour obtenir une habilitation diocésaine afin de pouvoir contacter directement les chefs d'établissement qui pourraient être intéressés par son profil. Ces professeurs ont l'avantage de ne pas être affectés dans des établissements dits en Réseau d'Education Prioritaire (REP) ni en Zone Violence comme c'est souvent le cas des professeurs du Public dans leurs premières années et dans les métropoles et les grandes académies. Ils obtiennent souvent un poste en ville, dans un bon établissement, puisque les Chefs d'établissement du privé sous contrat se comportent comme des chefs d'entreprise pour manager leur établissement, en n'hésitant pas à multiplier les conseils de discipline si nécessaire pour les élèves récalcitrants à l'autorité, ce qui est nettement plus difficile pour les chefs d'établissement de l'enseignement Public qui doivent attendre que l'élève ait agressé un professeur (et encore, certains chefs d'établissement essaient de culpabiliser le professeur en lui laissant penser que c'est de sa faute si l'élève s'est un peu "énervé" !) pour faire de même.

 

SECURITE DE L'EMPLOI: Ils ont obtenu la sécurité de l'emploi par leur concours pour la majorité d'entre eux. Toutefois les établissements du privé sous contrat ayant des exigences plus fortes que dans le Public, avec des parents aux attentes très fortes, les situations de harcèlement psychologique par les parents y sont plus fréquents. Les professeurs du privé sous contrat subissent une pression importante pour devoir faire des cours de qualité, et pour que leurs élèves obtiennent de très bons résultats, car c'est en fonction des résultats aux examens que les parents décideront ou non d'inscrire leur enfant dans tel ou tel collège ou lycée.

 

EVOLUTION DE CARRIERE: Ces professeurs ont des perspectives limitées. Le professeur des écoles peut passer une spécialisation pour enseigner auprès d'élèves à particularités (autiste, hyperactif, élèves Dys-, handicapés, etc), peut devenir professeur en collège. Il peut passer le concours d'Inspecteur de l'Education nationale (IEN) et fera alors partie des fonctionnaires. Dans le 2nd degré, s'il est agrégé, il peut passer le concours d'IA-IPR (inspecteur d'académie) et deviendra alors fonctionnaire. Il peut décider d'aller enseigner dans le supérieur, où les postes sont rares. Il peut tenter d'autres concours de l'Etat (cf notre portail FLEXIPROF).

Un professeur peut demander à devenir Préfet des Etudes, ou Chef d'établissement. 

 

LOI DUSSOPT: Ce professeur est coincé par son statut comme celui du Public titulaire. Il sera bloqué par les nécessités de service, systématiques, et sa mobilité ne peut s'effectuer, si on l'autorise à partir, qu'un seul jour par an; au 1er septembre. Les professeurs contractuels non titulaires auront de plus belles occasions que lui/elle de réaliser leur mobilité tout au long de l'année, et vers tout type de poste autre que professeur.

 

4. Professeur par concours dans l'enseignement Public

 

LIBERTE D'ACTION: Ce professeur est totalement coincé par son statut, son grade acquis par concours. Il est soumis aux nécessités de service qui l'empêcheront de réaliser sa mobilité en cours d'année scolaire s'il la souhaite. Il peut se voir refuser sa demande de temps partiel, de mi-temps (seuls ceux qui ont des enfants de moins de 3 ans sont prioritaires), de détachement (voir portail de FLEXIPROF), de disponibilité pour convenances personnelles. Il peut voir sa demande de démission refusée (oui !). Il peut voir sa demande d'indemnité pour rupture conventionnelle refusée aussi. L'Ordonnance du 24.11.2021 issue de l'article 55 de la loi Dussopt du 06.08.2019 détaille toutes les obligations et droits des fonctionnaires et les renforce, le système devient de plus en plus rigide, comme si l'intention du législateur avait été de dégoûter de devenir titulaire.  La liberté d'action est nulle.

 

REVENU BRUT: Ce professeur est coincé par son échelle indiciaire. Il ne gagnera pas mieux sa vie s'il travaille plus que ses collègues, sauf avec des heures supplémentaires années (HSA) ou des heures supplémentaires d'enseignement (HSE), ou des Indemnités pour Missions Particulières (IMP) s'il est en collège ou en lycée. Son échelle indiciaire avance très lentement et il lui faudra attendre au moins 20 ans de carrière pour obtenir un salaire brut de 2.200,00€. Les premières années de sa carrière, il aura le sentiment de les gagner déjà avec une prime d'installation, ou prime "jeune professeur", une prime de déménagement... Et aura le sentiment ensuite de stagner financièrement et de perdre en pouvoir d'achat. Dans les grandes métropoles et les académies de Versailles, Paris, Créteil, ce professeur est un travailleur précaire malgré son Master2.  Cela explique pourquoi certains passent très vite les concours d'inspecteur ou de chef d'établissement dont les primes sont très importantes.

 

PRIMES: Heures supplémentaires années (HSA) et Heures supplémentaires d'enseignement (HSE), Indemnité de suivi d'orientation (ISOE), Indemnités pour Missions Particulières (IMP), et autres micro-indemnités, viennent dans le 2nd degré surtout, permettre d'espérer gagner 20% de plus que son salaire brut. Dans le 1er degré, les possibilités d'augmenter son revenu sont quasi nulles, alors que le niveau exigé était aussi de Master2 + concours.

 

FLEXIBILITE: Aucune. Ce professeur est coincé par son statut de fonctionnaire, soumis aux nécessités de service qui l'empêcheront de partir quand il le/la souhaite. Ce sera vécu comme un carcan. Refus de temps partiel, de mi-temps, de détachement, de disponibilité pour convenances personnelles, refus de démission, refus de demande d'indemnité pour rupture conventionnelle (24% seulement l'ont obtenu sur 1.219 demandeurs en 2020). Si sa demande de départ est acceptée de son poste, ce sera uniquement au 1er septembre. C'est très peu. La règle de l'administration est d'appliquer le plus souvent possible une nécessité de service, c'est l'outil favori des Chefs de Division des DPE (Division des Personnels Enseignants) et des DRH (Directeurs des Ressources Humaines). On a le sentiment que leur GRH est facilitée par le système verrouillé du statut de fonctionnaire. Ce ne sont pas des recruteurs, juste des gestionnaires. Il bénéficie de 14 semaines de congés scolaires environ, dont plus de la moitié seront consacrées à préparer ses cours et à corriger des copies, comme s'il était en télétravail.

 

MUTATIONS: Elles sont de plus en plus difficiles pour les titulaires. Les mouvements de mutation sont en deux temps dans le 1er degré et dans le 2er degré.  Plus de 80% de ceux qui demandent leur mutation échouent à l'obtenir. Les barèmes des mouvements sont complexes et tiennent compte de la situation familiale (les célibataires peuvent attendre très longtemps, beaucoup réalisent de faux pacs pour réussir leur mutation, c'est le système D), de l'ancienneté, du type de poste (plus l'établissement est pénible, plus vous avez de points, mais plus vous aurez eu de risques bien avant la mutation de tomber en dépression ou en burn-out). Il faut avoir passé au moins 15 ans dans les académies de Versailles ou Créteil avant d'obtenir sa mutation vers une autre région. L'administration s'arrangera toujours pour ne pas vous en laisser partir avant. Beaucoup de candidats aux concours se laissent piéger par le fait que les concours d'enseignement de professeur des écoles étaient les plus faciles à obtenir dans l'académie de Créteil ces 10 dernières années. Dans les académies les plus chères, le professeur est devenu un travailleur pauvre. Son revenu évolue très lentement, il essaie souvent de réaliser des petits boulots en complément, mai ses demandes de cumul d'activité font souvent l'objet de difficultés d'obtention, ça peut lui être refusé. 

 

SECURITE DE L'EMPLOI: Totale, grâce à son statut de fonctionnaire de l'Etat. En cas de harcèlement hiérarchique, de poste difficile, le professeur n'aura comme planche de salut que de demander à son médecin un arrêt maladie, ou de se financer lui-même une formation en développement personnel. S'il est harcelé, son harceleur s'il est en position hiérarchique ne sera quasiment jamais sanctionné. L'administration soutient puissamment ses personnels d'encadrement quoi qu'ils fassent psychologiquement. Et si plus de 80% de professeurs manifestent contre un chef d'établissement, il sera muté vers un meilleur établissement.  Et la majorité des chefs d'établissement et inspecteurs sont d'anciens professeurs, qui ont quitté le métier rapidement pour gagner plus. Quel système, vraiment.

 

EVOLUTION DE CARRIERE: Tout professeur peut décider rapidement de passer un concours administratif au sein de l'Education nationale s'il n'en peut plus d'enseigner. Certains décident de passer un concours de catégorie C ou B mais ils perdront alors leur échelle indiciaire de catégorie A. D'autres vont passer un concours de chef d'établissement ou d'inspecteur, et ils seront mieux payés (leurs primes fixes leur assurent jusqu'à 40% de plus, leurs primes variables peuvent leur assurer jusqu'à 100% de plus), mais avec une obligation de mobilité géographique qui peut devenir très contraignante s'ils deviennent inspecteurs d'académie (IA-IPR). Il faut aimer voyager, et bien prévenir sa famille que les déménagements seront fréquents. Les Dasen et les Recteurs changent très souvent de poste. Ils doivent imposer tellement de décisions difficiles à vivre aux personnels qu'ils dirigent, qu'il semble préférable de les éloigner dans un autre département ou une autre académie tous les 2 à 3 ans.

Les possibilités d'évolution professionnelle en interne par détachement, mise à disposition, mobilité statutaire, sont très nombreuses pour les professeurs, et vous les trouverez toutes sur le portail FLEXIPROF (en accès adhérent).

 

LOI DUSSOPT: Elle est très contraignante pour les professeurs du public et de l'enseignement privé sous contrat. C'est la contrepartie exigeante de la sécurité de l'emploi. Le professeur est soumis aux nécessités de service, sa liberté d'expression est limitée (droit de réserve exigeant dans le cadre de ses fonctions). Il ne peut exprimer sa liberté d'expression que sous couvert d'un syndicat en s'y engageant, ou dans un parti politique, ou dans un cadre associatif sous couvert de cette personne morale.

 

Quel bilan réaliser ?

 

AIDE AUX PROFS considère qu'il devient avec la Loi Dussopt plus intéressant de tester d'abord le métier de professeur comme contractuel non titulaire, même si les contrats peuvent être de courte durée, car c'est la garantie, si le métier de professeur ne vous convient pas, vous fait souffrir, de ne pas gâcher le diplôme que vous avez obtenu, pour rebondir professionnellement rapidement ailleurs, à tout moment de l'année, 12 mois sur 12.

 

Le fonctionnement managérial est devenu trop exigeant vis-à-vis des professeurs alors que chaque quinquennat a montré que les gouvernements ne se donnaient pas les moyens d'augmenter les salaires des professeurs en France à la hauteur de ce qu'ils sont dans les autres pays riches d'Union Européenne occidentale comme la Belgique, la Suisse, l'Allemagne, le Luxembourg.

 

En restant professeur contractuel vous vous donnez un peu de temps de réfléchir avant de décider ou non de passer un concours. Vous pourrez saisir toute autre opportunité proposée dans les trois fonctions publiques, dans tout ministère ou collectivité territoriale, ou dans toute entreprise privée.

 

Vous ne prenez pas le risque d'être délocalisé(e) géographiquement dans une région trop chère pour vous. Il y a peu de différence en début de carrière et pour au moins 20 ans entre le salaire de professeur contractuel et celui de titulaire. Et vous pouvez négocier entre les indices 390 et 821 votre salaire pour le poste de professeur que l'on vous propose.

 

Vous aurez ainsi une grande liberté d'action, d'expression aussi, car pas obligé(e) de supporter des conditions de travail qui ne vous conviennent pas, un chef d'établissement ou un inspecteur qui vous maltraite psychologiquement (il y en a plus qu'on ne l'imagine, les témoignages que nous publions sur nos sites et que nous recevons par milliers chaque année, le prouvent).

 

Devenir professeur fonctionnaire ou assimilé, titulaire par concours, doit devenir un choix éclairé.

 

Vous saurez que par ce concours, vous serez affecté(e) loin de chez vous, à l'autre bout de la France dans la majorité des cas, et qu'il faudra plus de 10 ans pour revenir vers votre région natale ou préférée. Ceux qui deviennent fonctionnaires sont ceux qui ont décidé de ne pas repartir de sitôt, et d'évoluer ou non en interne dans l'Education nationale, sans jamais la quitter. C'est pour cela que les Ministres qui se succèdent parlent toujours de "Notre Grande Maison l'Education Nationale", ou encore "Notre Grande et Belle Maison de l'Education nationale". Elle est surtout Grande et Belle pour ceux qui y gagnent très bien leur vie et dirigent tous les autres.

 

A vous de choisir: 

- La liberté sans sécurité de l'emploi.

- Le carcan avec la sécurité de l'emploi.

 

ARTICLE SUR FRANCE INFO DU 15.02.2022

 


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Commentaires: 3
  • #1

    Christelle (mercredi, 16 février 2022 10:01)

    Bonjour

    Merci pour cet article qui répond en partie à mes questions. Contractuelle et préparant l'externe j'angoisse à l'idée d'être mutée loin de ma famille qu'en est-il des mutations des tzr ? Y a-t-il un bareme de mutation ?

  • #2

    Isabelle (mercredi, 16 février 2022 10:23)

    Merci pour ce comparatif. Vous parlez de sanctions en cas d'abandon de poste. Quelles sont-elles réellement pour un enseignant titulaire depuis plus de vingt ans ?

    Merci de votre réponse.

  • #3

    Aide aux Profs (mercredi, 16 février 2022 13:39)

    En réponse à Christelle:
    Les barèmes TZR sont plus faibles que ceux des postes fixes. Mais la vie d'un TZR est très pénible, en raison des longs déplacements à réaliser, de l'impossibilité de créer des projets dans un établissement puisque le remplacement s'effectue souvent sur 2 à 3 établissements la même semaine. Beaucoup de professeurs usent leur santé sur ce type de poste.

    En réponse à Isabelle;
    https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F13322