La désillusion est un facteur important de mal-être au travail. Anticipez bien !


Une partie des étudiants et salariés du privé s'était fait des illusions sur le métier de professeur. Avant de devenir professeur à votre tour il est important de prendre conscience de tout ce qui les a mis rapidement mal à l'aise, de tout ce qui peu à peu les a contrariés dans leur vocation, ou dans leur orientation par défaut.

 

La désillusion provient souvent du manque d'attention de leur administration à leurs difficultés, d'un manque de reconnaissance, de valorisation. De nombreux professeurs sont aussi très déçus d'être maltraités par leur chef d'établissement ou par leur inspecteur. 

 

Depuis 2006 nous avons alerté l'Education nationale, en allant rencontrer de nombreux hauts fonctionnaires, et conseillers de ministres, pour alerter sur la montée de la souffrance au travail dont nous étions les témoins aux commandes de ce dispositif. Depuis la rentrée 2018, la GRH de proximité que nous proposions depuis 2008, pour qu'elle soit plus à l'écoute des professeurs, de leurs difficultés, semble se mettre en place avec une "GRH de proximité" constituée d'un maillage territorial de conseillers  souvent payés en heures supplémentaires pour proposer un accueil de base aux professeurs en difficulté.

 

Toutefois, rien ne remplacera une bonne information en amont de ce qu'est devenu le métier de professeur au 21e siècle, rien ne remplacera les efforts de prévention de ce métier, pour que vous ne vous engagiez pas tête baissée dans un métier qui risque de vous faire souffrir. C'est la raison pour laquelle nous vous conseillons de réaliser via notre dispositif un bilan de personnalité, auprès de l'un de nos Membres Référents, ancien professeur très expérimenté, qui saura bien vous indiquer si vous serez un professeur épanoui, ou si vous risquez de souffrir rapidement.



Leurs témoignages, au fil des ans


Tous les témoignages que nous diffusons sont strictement anonymés, les prénoms changés. Ils proviennent des formulaires de contact que plus de 16.600 professeurs ont complété en nous contactant, et que nous avons ensuite conseillés bénévolement. Dans le cadre de témoignages relatifs à la santé, que nous ont confié les personnes sans que nous l'ayons demandé, nous avons renforcé cette anonymisation pour conserver la nature de leur souffrance au travail.


Karine, 45 ans, Professeur d’Histoire-Géographie depuis 5 ans,

ne se fait plus d’illusion sur la capacité du DRH de son rectorat à

l’aider dans ses difficultés quand elle nous contacte pour démissionner:

 

"J’ai eu la chance d’être affectée à titre définitif dans un collège en centre ville dans l’académie de X, non loin de chez moi. Après deux années, j’ai demandé une disponibilité et j’ai déménagé suite à des bouleversements personnels. Les difficultés sont très vite arrivées car j’ai perdu tous mes points en mutant et je me suis donc retrouvée TZR, statut que j’ai le plus grand mal à assumer aujourd’hui !

 

Malade et incapable de travailler depuis les vacances de Printemps, je cherche désespérément une solution; j’envisage même la démission, mais avoir fait tant d’efforts pour en arriver là m’écoeure, je l’avoue. Le métier d’enseignante me plaît beaucoup, mais les conditions pour effectuer les missions que l’on exige de moi me sont devenues insupportables. J’ai rendez-vous avec le DRH du rectorat cette semaine, j’en attends simplement de pouvoir enfin parler à quelqu’un de responsable et évoquer mes difficultés, mais je ne me fais aucune illusion quant à des possibilités qui viendraient me sauver du naufrage... Des postes fixes, il n’y en a plus et je vois avec écoeurement les nouveaux stagiaires se noyer eux aussi parce qu’ils doivent assumer toutes leurs classes sans formation, alors que moi, je fais le bouche-trou sans que l’on se demande jamais si j’ai les compétences pour enseigner le français dans des lycées pro ou à des Terminales alors que je n’ai connu que le collège. Je souhaite faire un bilan et envisager un avenir hors de l’EN qui a brisé mes illusions en moins de temps qu’il faut pour le dire."


André, 33 ans, est enseignant d’Arts Plastiques en collège depuis

10 ans quand il contacte Aide aux Profs pour quitter le métier de prof:

 

"Prof depuis 10 ans en Arts Plastiques, pourtant bien noté et apprécié, je suis de moins en moins motivé par mon métier, par un système illogique, figé, laxiste et des élèves de plus en plus difficiles à captiver. Je souhaite effectuer une reconversion le plus rapidement possible, exercer dans le département de mon choix pour que ma vie familiale avec 2 enfants ne dépende plus de la bureaucratie de l’Éducation Nationale, et d’un système aléatoire. Je suis complètement perdu sur QUOI faire et COMMENT, car nous sommes ultra spécialisés dans une discipline donnée et en sortir fait peur voire paraît impossible. D’autant plus que l’administration ne nous facilite pas la tâche. J’ai besoin de bouger, de voir d’autres choses et de ne pas exercer ce métier encore 30 ans, je n’en aurai pas la patience ni la motivation. J’ai engagé l’an dernier une démarche auprès des conseillers mobilité carrière de mon rectorat. Mais les choses traînent très en longueur pour très peu de résultats probants."


Ghislaine, 42 ans, 13 ans d’ancienneté comme Professeur

d’Italien, estimait en 2012 que l’Éducation Nationale était indifférente à la

souffrance de ses enseignants, espérons qu'elle le soit moins dans les années 2020-2100 :

 

"Professeur pendant 13 ans en collège puis en lycée, je suis

actuellement en disponibilité depuis 2 ans. En effet, me sentant de

plus en plus inutile, et désarmée face à tous les problèmes que nous pouvons rencontrer aujourd’hui dans l’enseignement (démotivation, difficultés scolaires, problèmes familiaux et sociaux des élèves) j’ai désormais envisagé une reconversion. De plus, mes dernières années d’enseignement ont confirmé mon intérêt pour les problèmes humains et sociaux, accentués par l’indifférence de l’Éducation nationale face à la souffrance des enseignants et des élèves. Ce milieu éducatif ne fait que se dissimuler derrière des idéaux en publiant des circulaires de plus en plus irréalistes."


Bertrand, 29 ans, ingénieur et agrégé en Mécanique depuis 6 ans à plein temps, se sent infantilisé par un système qui ne reconnaît pas l’étendue de ses compétences :

 

"Malgré une motivation sans faille pour mon travail, je me sens bridé et infantilisé par un système de mutation et de gestion des compétences qui ne me correspond pas. J’éprouve le besoin d’avancer et de satisfaire mes ambitions. Je me sais compétent dans bien des domaines (web, tice, elearning, CAO ...etc.)."


Rose, 42 ans, est Professeur certifiée de Lettres depuis 15 ans quand elle nous contacte pour changer de métier, et son témoignage nous éclaire sur le pouvoir que peuvent exercer certains chefs d’établissement sur leur personnel :

 

"Après plusieurs années d’échecs successifs au CAPES de Lettres, j’obtiens enfin ce concours pour devenir enseignante titulaire. Inspection en milieu d’année, inspecteur très satisfait, qui me dit: « vous avez la pêche ! ». Cette expression me fera plus de bien que le rapport de cette inspection et sa note qui ne me parviendront jamais. En fin d’année, j’apprends que je ne peux être titularisée dans le poste car il sera pris par une néo titulaire comme moi mais qui a 50 points de bonus pour une raison obscure de formation suivie à l’IUFM ou-je-ne-sais-plus-trop-quoi.

 

En tapant tout cela, je me dis qu’il y en avait déjà beaucoup des dysfonctionnements mais à l’époque, je n’avais pas été choquée. Je suis donc titularisée dans un lycée inconnu où je reste quelques années. Puis, en suivant mon conjoint muté dans un autre département, je suis affectée à mon tour sur un poste où l’ambiance est absolument épouvantable.

 

La direction procède à du harcèlement moral sur l’ensemble des profs, les fliquant, leur infligeant des horaires impossibles juste pour les embêter (de leur propre aveu !), allant même jusqu’à interroger les élèves perturbateurs au sujet des profs eux-mêmes. J’ai des enfants, et peur de frôler la dépression. Mon médecin compréhensif à qui j’ai tout exposé m’arrête 15 jours et me conseille de demander ma mutation. Ce que je fais et obtiens.

 

Cela se passe plutôt bien dans mon nouveau lycée, plutôt prisé. Les problèmes de discipline que je connais depuis toujours sont plus rares. Le proviseur en poste depuis 35 ans nous confie lors de son discours de départ en retraite qu’il se trouvait souvent bien seul à son poste, se sentant souvent abandonné par sa hiérarchie… La personne qui l’a remplacé n’avait pas l’air d’aimer beaucoup les professeurs, nous tournant le dos par exemple pour ne pas être obligée de nous saluer. Et les problèmes de discipline sont apparus.

 

On nous a fait comprendre qu’il ne faut pas exclure les élèves de cours car on ne sait pas quoi en faire. Il ne fallait pas non plus les consigner car on manquait de surveillants. Les CPE nous prennent de haut quand on leur fait convoquer des élèves. Il faut croire que ça les embêtait qu’on leur donne du boulot. L’an passé, changement de proviseur à nouveau. Celui-là se présente comme quelqu’un de sympa et jovial, ne nous cachant pourtant pas que le ministère de l’Éducation Nationale se sert plus d’une règle à calculer que de n’importe quel instrument !

 

Voici plus d’un an que cette personne est en poste et l’on a découvert quelqu’un qui essaie de se faire passer pour une personne sympathique, nous tutoyant, nous parlant de ses loisirs…mais sans oublier de nous embobiner, d’exercer des pressions aussi menaçantes qu’insupportables.

 

Voilà où j’en suis donc :

- Fatiguée nerveusement de lutter contre un proviseur carriériste.

- Épuisée par les luttes contre les élèves qui nous arrivent dès la Seconde complètement désabusés et/ou écoeurés par un système qui ne leur a pas permis d’accéder à la formation souhaitée.

- Déçue par des collègues qui ne sont pas les derniers à « casser du sucre sur le dos du voisin. »

- Mais surtout avec un mal être profond, celui d’être mal aimée, maltraitée et incomprise. Les élèves n’aiment pas les profs. Les parents n’aiment pas les profs. La hiérarchie n’aime pas les profs. Moi aussi parfois, je ne les aime plus. J’hésite à écrire que je n’aime plus mon métier. Les élèves me regardent avec de grands yeux ronds quand je leur dis qu’ils sont en classe pour eux : pas pour moi ni leur parents. Et que moi je suis là pour eux, pour les aider à acquérir une formation qui leur permettra, souhaitons-le, de trouver un métier acceptable.

 

Ce qui me retient, enfin, me retenait encore c’est que j’aime les gens et donc les élèves qui sont des personnes à part entière, j’aime les aider, j’aime le contact humain. Avant de prendre la décision de démissionner, j’avais un peu l’impression de quitter le navire, de l’abandonner tel un capitaine sur son bateau en naufrage. Je me suis longuement demandé s’il fallait plus de courage pour rester ou partir. L’un comme l’autre sont difficiles. Mais quand on ne peut plus se sentir bien dans son travail et que cela empiète même sur le temps non scolaire, quand on ne pense plus qu’à ça, quand on retient ses larmes en partant au travail et qu’on les lâche au retour, c’est pour le bien de soi qu’il faut du courage pour partir. "


Régis, 58 ans, Professeur de Mathématiques depuis 30 ans, a été

placé en disponibilité d’office contre son gré et nous contacte pour savoir comment démissionner avec indemnité de départ volontaire :

 

"Prof de mathématiques dans un collège, je suis en arrêt maladie depuis 1 an (après avoir été arrêté plusieurs mois les années passées). Je ne me vois pas reprendre : je fais encore des cauchemars. J’ai demandé plusieurs fois un congé de longue

maladie qui m’a été refusé et je vais arriver en fin de droits.

 

Le rectorat me dit que je serai mis en disponibilité d’office le mois prochain, car disent-ils « ils ne savent pas quoi faire de moi ».

 

Mes difficultés ne datent pas d’hier mais je n’ai pas su changer de voie à temps. J’aimerais me reconvertir dans autre chose et ne pas terminer ma carrière en congé maladie, car je me sens en forme pour retravailler ailleurs, en créant mon entreprise, avec une indemnité de départ volontaire."


De multiples raisons conduisent à la désillusion: anticipez pour les éviter !